INSTRUCTION GENERALE DES ARTISTES
Antoine Covpel est un des rares contemporains à déplorer cette ignorance : « De combien de connoissances diverses, dit-il, l'esprit du Peintre parfait ne doit-il pas être orné ». Il faut à l'artiste une « grande teinture des humanitez », une connaissance assez approfondie de la rhétorique, de la poésie, de l'histoire sacrée, profane et fabuleuse, de la géographie, de la physique, de la morale, de la philosophie, de la physionomie, de la composition musicale, de la déclamation, de l'histoire des ballets : « L'on ne finiroit point si l'on vouloit détailler toutes les connoissances nécessaires à la Peinture* ». Covpel exagère sans doute. Mais faute d'une instruction solide les artistes sont réduits à ressasser perpétuellement les mêmes sujets, à suivre dans le choix des costumes et des accessoires un code invariable. Leur ignorance contribuera pour une grande part à la décadence de la peinture d'histoire.
la littérature est en honneur : F. Marot par exemple descend de Clément Marot; Ch. de La Fosse est neveu de l'auteur dramatique La Fosse. D'autres, destinés par leurs familles à des carrières libérales ou administratives, font dans leur jeunesse de fortes études classiques : Jean-Pierre Rivalz prend ses grades à Toulouse pour devenir avocat. Louis Galloche est le premier de sa classe au collège Louis-le-Grand; il reçoit la tonsure à treize ans, se défroque aussitôt, continue ses études jusqu'à la philosophie et entre chez un notaire qu'il abandonne pour être peintre {Mém. inéd., t. II, p. 289-290). Quelques-uns aspirent même à des succès littéraires. Elisabeth-Sophie Chéron met en vers des psaumes et des cantiques(Paris, Brunet, 1G94), elle écrit un poème héroïque en trois chants : les Cerises renversées (1717), la traduction d'une Description de Trianon en vers latins (1698, in-8°). Claude-Franc. Desportes fait jouer au Théâtre-Italien, en 1721, une Veuve Coquette (voy. Nouv. Arcli. de l'Art franc., 1882, p. i23) et François Autereau donne ses premières pièces : Le Port à l'Anglais et l'Amante romanesque en 1718 (Œuvres complètes d'Autereau, 4. \o\., 1749). ^^'''^' Covpel, le peintre le plus intelligemment cultivé de son temps, publie son Epitre en vers et ses Discours en 1721... Les ouvrages littéraires de son fils, Charles-Antoine, sont nombreux. La première comédie de Charles-Antoine, Les Folies de Cardenio, est jouée en 171 8 au Théâtre-Italien. C'est la seule pièce de lui qui ait été imprimée (Paris, 1721, in-4, chez Ballard). Les autres, vingt-deux canevas de pièces italiennes, appartenaient à M. de La Vallière et furent sans doute achetés à sa vente pour le roi. Ils sont probablement conservés aux manuscrits de la Bibliothèque Nationale, mais où exactement? Sur Ch.-Ant. Coypel, auteur dramatique, voy. Arch. de l'Art franc. ^ 2'' série, t. II, p. 84. Note de Montaiglon.