‹ La peinture française au début du dix-huitième siècleChapitre 95 sur 273 · LES NOCES DE DAPHNIS ET DE CHLOÉ · texte numérisé non relu

LES NOCES DE DAPHNIS ET DE CHLOÉ

autorité est amoindrie au début du xviir siècle. Obsédée par les préoccupations financières, elle ne donne plus ses leçons avec la sérénité hautaine d'autrefois. Mais une grande prospérité pécuniaire môme n'eût pas suffi à restaurer son pouvoir : l'école française est trop jeune, trop vigoureuse pour accepter l'intolérable rigueur de sa pédagogie. C'est en vain que Le Brun, dans son immense orgueil, a rêvé d'imposer un dogme à nos peintres : il a compté sans la vie. A peine un parti à la couraime-t-illa galanterie et demande-t-il de jolis nus, des scènes de boudoirs équivoques ou des anecdotes agréables, qu'il trouve, pour le satisfaire, cent artistes élevés cependant selon

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les traditions les plus sévères. Les professeurs de l'Académie euxmêmes se révoltent contre l'enseignement officiel : de La Fosse disait <f. qu'il était dangereux de vouloir trop approfondir son art et de donner trop de temps à la théorie; il ajoutait que le peintre a besoin d'un exercice assidu et que l'opération de la tète doit être soutenue de la souplesse de la main pour suivre l'enthousiasme dont les fautes mêmes sont souvent préférables à des choses plus correctes mais faites avec peine' ». Encore de La Fosse — élevé lui-même à l'Ecole — n'est-il pas affranchi de tous préjugés. Les professeurs instruits dans les maîtrises de province, où la lente pénétration des artistes flamands a préparé depuis longtemps le triomphe de Rubens, introduisent des éléments révolutionnaires dans la pédagogie académique.

L'organisation de l'École n'est d'ailleurs pas aussi parfaite que Le Brun l'a cru. L'enseignement théorique est morcelé, les conférences se suivent sans ordre. A l'atelier, les professeurs changent chaque mois; ils ne connaissent pas leurs élèves et leurs leçons sont forcément impersonnelles. Les étudiants ne trouvent la féconde intimité du travail que chez les maîtres dédaigneusement chargés par la Compagnie de donner les premiers principes. Les règlements qui limitent le rôle de ces professeurs sont lettres mortes ; disciples de Rubens, ils transmettent leur enthousiasme à leurs élèves et contrarient l'enseignement qu'ils sont chargés de préparer.

Le plus grand mérite de la pédagogie officielle est de développer l'instruction technique moyenne des artistes. Le nombre des peintres très médiocres est sensiblement moins important en 1700 qu'en 1648. Le profit, malheureusement, est négatif; encore ne l'obtient-on qu'au prix d'un labeur tel qu'il interdit tout autre effort et que l'instruction générale, même élémentaire, des artistes est très négligée. Presque tous les étudiants sont illettrés : Carie Van Loo, entre autres, ne sait jamais lire : « Je vous prie de me faire savoir si Oppenordt... écrit bien et sçait bien l'orthographe, écrit en 1605 Villacerf à La Teulière, parce qu'ordinairement les gens de son métier écrivent mal" ». Les sculpteurs ne sont pas plus savants : « Les sculpteurs, écrit La Chapelle en 1093, qui d'ordinaire n'ont qu'une médiocre connaissance des lettres, de l'histoire et de la fable, y ont commis beaucoup d'erreurs^ ».

1. D'Argenville, Abrège de la Vie des peintres, 1762, t. IV, p. 192.

2. Corresp. des direct. Lettre du 6 novembre 1695, t. II, p. 170.

3. Lettre de La Chapelle du 10 avril iGqS (Arch. Xat.. O' 1907-). Les artistes lettrés sont presque des exceptions. Plusieurs appartiennent à des familles où

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