‹ La peinture française au XIXe siècleChapitre 1 sur 52 · II, 1 8 ET 20, RUE SOUFFLOT · texte numérisé non relu

II, 1 8 ET 20, RUE SOUFFLOT

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LA

AU XIXe SIÈCLE

Le précédent volume sur la Peinture française au XVIIe et au XVIIIe siècle se termine par l’exposé de la réaction néo-antique provoquée par David, et de son développement à travers les vicissitudes de la Révolution et de l’Empire. Les principes sur lesquels elle reposait s’accordaient bien avec l’idéal Spartiate des Jacobins, et mieux encore avec le caractère tout militaire du régime qui suivit leur éphémère triomphe. L’affectation de la simplicité, l’exaltation martiale qui distinguent le style davidien, en firent l’expression naturelle de deux conceptions gouvernementales également fondées sur le sacrifice du sentiment et du droit individuels. Mais, une fois la paix rétablie et la société replacée dans ses cadres traditionnels, assouplis et élargis d’ailleurs, l’instinct de liberté, si longtemps refoulé, devait tendre à se faire jour et à rompre les entraves imposées à l’inspiration personnelle.

Girodet-Trioson1, on l’a vu, au fort meme de la compression, avait manifesté une certaine indépendance d’imagination et de facture, un vague romantisme imprégné des poèmes ossianesques et de la rêverie de Chateaubriand. Gérard2, paralysé dans ses compositions idéales par. un respect timide et compassé de la forme, avait su, dans le portrait, exprimer avec aisance et souplesse les particularités de complexion et de physionomie de ses modèles, et dégeler parfois son métier (voir le Portrait dTsabey et de sa fille [fig. 5], au musée du Louvre) au contact de leur bonhomie familière.

Pierre Guérin. — Pierre Guérin résista mieux aux suggestions de l’esprit de liberté; c’est en lui, bien qu’il ne fût pas élève de David, mais de Régnault, l’auteur des Trois Grâces et de VEducation d'Achille , que s’affirma avec le plus de rigidité l’étroitesse du style nouveau. Après le Retour de Marcus Sextus [fig. 6] (musée du Louvre), qui fit fanatisme au Salon de 1799, il exposa consécutivement Hippolyte se justifiant des accusations de Phèdre (1802, musée du Louvre), Y Offrande à Esculape (id., musée du Louvre), savant assemblage de nus, Andromaque protégée par Pyrrhus contre les sommations d’Oreste (1810, musée du Louvre), Clytemnestre sur le point d’égorger Agamemnon (1817, musée du Louvre). Par le caractère figé du geste, l’expression tendue des traits, quelque chose d’immobile et de « posé » chez tous les personnages, ces toiles évoquent invinciblement l’idée de la scène, de la rampe. Ce qu’il y a d’heureusement trouvé dans l’ordonnance et les mimiques n’atténue pas cet aspect théâtral, qui communique une extrême froideur aux ouvrages de Guérin. E Aurore et Cépliale

1. Cf. O. Merson. La Peinture française au xvne et au xviii0 siècle, p. 34o.

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