S6 LA PEINTURE FRANÇAISE
demi-nue, brandissant le drapeau tricolore sur des cadavres entassés, n’y fait même point disparate, la robustesse de son type et les licences de tenue habituelles en temps d’émeute en rendantl’apparition vraisemblable. Ici nul chatoiement, nulle diaprure ; on n’y respire que le sang, la sueur et la poudre. En 1 834, les Femmes d'Alger dans leur appartement [fig. 22] (musée du Louvre), souvenir d’un long séjour en Afrique, évoquèrent avec une intensité singulière la beauté fardée, le luxe composite, l’atmosphère lourde et l’ennui somnolent d’un harem de cet Orient, duquel il exprima plus tard dans la Noce juive (1841, musée du Louvre) l’amour de la couleur et du bruit, la musique aigre et les gaietés déchaînées. Les chefs-d’œuvre se pressent dans cette période. C’est en i83q la Bataille de Nancy (musée de Nancy), si différente des ordonnances habituelles, dans sa dispersion et son désordre, au milieu d’un paysage panoramique; en r 838, la Bataille de Taillebourg (musée de Versailles), mêlée furieuse, entr’égorgement haletant pour la dispute d’un pont, et l’admirable Médée du musée de Lille; en 1840, la Justice de Trajan [fig. 23] (musée de Rouen), le plus harmonieux et le plus éclatant à la fois de ses chefs-d’œuvre, avec l 'Entrée des Croisés à Constantinople [fig. 24] (1841, musée du Louvre) du Salon suivant. On est ici moins en présence de drames véritables, que d’ordonnances décoratives cherchant dans les divers éléments d’un spectacle les thèmes d’une symphonie colorée. Dans cet ordre de compositions, affectionné déjà par Véronèse, l’intérêt d’art se répand indifféremment sur la nuque nacrée d’une femme évanouie, sur la robe gris rose d’un cheval, sur les bannières drapant des colonnades de leur flottement joyeux, ou sur un fond de mer turquoise mourant dans des brumes d’argent. Ce sont de gigantesques objets précieux, où la beauté des matières s’affine ou s’avive par l’accord délicieux de leurs nuances. Il en est autrement de ces tra-
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gédies heurtées, remuantes, pleines de bruit, de rage ou d’horreur, traitées d’une touche abrégée et fiévreuse
Cliché Petiton, Rouen.