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QU'ON LES LAISSE FAIRE

Qu'on les laisse donc s'exercer de cette manière sans leur donner de conseil. Que plutôt on s'éclaire à leur intuition candide. Lorsqu'ils auront l'âge où il faudra leur enseigner ce qui ne s'apprend pas solitairement, qu'on n'oublie pas qu'il est pour

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eux de première importance de garder leur naïveté et leur caractère personnel. Qu'on ne les détourne pas de l'influence décisive des impressions provoquées par les milieux des débuts de la vie. C'est par là qu'ils excelleront.

J'ai remarqué que leurs recherches tendaient moins au perfectionnement du travail graphique qu'au naturel progrès de la vérité expressive. On a donc moins à craindre ici de leur libre action que des préjugés d'un maître. Car tout maître qui n'est pas excellent est détestable. S'il n'a pas de talent il jette mille erreurs dans la cervelle neuve de l'élève, contre lesquelles celui-ci, dès qu'il en aura conscience, combattra toute sa vie.

Avec un professeur^ de talent, autre danger, si son enseignement est despotique ; car, par son prestige, il détruira cette originalité due au tempérament et aux premières impressions, ce qu'il y a de plus précieux.

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Les impressions de l'enfance ont cela d'excellent, qu'étant les plus permanentes dans le sou-

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venir et les plus claires, elles sont en même temps les plus éloignées : de là une VLie d'ensemble qui ne laisse saillir que les traits principaux, les résumés, l'essence des caractères dans l'accord des milieux.

Si justifiés que puissent être les engouements pour les nouveautés que rencontrera l'âge mûr, elles ne laisseront le plus souvent que les souvenirs d'une observation incomplète.

A quoi bon alors chercher au loin et éventuellement, ce que l'on trouve sûrement près de soi. Rien de plus récréatif que les voyages déroulant sans cesse leurs tableaux de la nature, toujours changeants, toujours variés, rien ne provoque de plus bruyants enthousiasmes et de plus ardents projets. Ils ont aussi l'avantage de renouveler l'impression des choses quittées et qui paraissent quasi neuves et plus belles au retour.

Quant au résultat direct qu'on en rapporte, il ne vaut guère souvent celui qu'amène la moindre émotion qui touche les profondeurs de l ame, ou elle va réveiller l'imprévu à propos de la chose la plus connue, mais trempée à la source secrète et naturelle d'où rien de banal ne peut sortir.

Combien vaines, dans beaucoup de cas, pour l'artiste, les fatigantes excursions dans les pays étrangers ! Depuis que l'homme a trouvé le moyen

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de pénétrer dans le monde entier qu'il photographie, toute nouveauté de surface est devenue vieillerie. L'intérêt ne procède réellement que d'œuvres profondément vécues, nouvelles, parce qu'elles conservent avec la science acquise, le charme du premier amour lors de la première révélation.

Si les artistes de tous genres excellent surtout à exprimer ce qu'ils ont vu dans leur enfance, quelque talent qu'ils apportent ailleurs, c'est qu'il y a dans la création, des beautés (ce sont les plus rares) perceptibles seulement aux organes vierges et que ne découvre plus l'âge mûr ; car elles tiennent à des causes à peine sensibles, impénétrables à l'étude la plus attentive et qu'on devine plutôt qu'on ne les voit, tant elles semblent insubstantielles au fin fond des vérités. Or, en art, les riens en apparence, prennent souvent une importance majeure.

Je veux parler de ces nuances inappréciables que parfois, après un long travail ingrat, inexpressif, tout à coup, dans un instant d'inspiration où il entrevoit son sujet sous son vrai jour, l'artiste répand sur son œuvre et qui, sans presque la modifier pour le profane, lui donnent, pour des initiés, tout son prestige et toute sa valeur.

Ces nuances vagues qui distinguent les chefs-

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■d' œuvre s des œuvres ordinaires, ces riens suprêmes qui font, dans un splendide mystère, palpiter ies peintures géniales, ces riens qui sont tout, ne seraient-ils pas dictés par le souvenir de cette révélation du commencement, miracle d'un Dieu qui, pour ses intimes confidences, laisse parfois venir à lui les petits enfants ! . . .

C'est ce souvenir que, pendant toute la vie du peintre, réveillera sa fidèle compagne, cette fée, cette conseillère par excellence que nous avons nommée la muse Impression.

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