‹ La peinture romantiqueChapitre 21 sur 38 · IS · texte numérisé non relu

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Tout ce qui n'est pas le visage, une ])artie même du visage appartiennent entièrement an peintre. Dès lors le portrait reste une sonate ; mais c'est une sonate dont le tliiMue, au lieu d'être choisi par l'artiste, lui est imposé, avec faculté de l'orcliestrer à sa fantaisie. C'est de cette manière que Reynolds, Gainsborough ou Lawrence ont compris le portrait. Dans ce système, il peut arriver, ou il arrive trop souvent, que le personnage soit rejeté au second plan et que l'intérêt se reporte sur un ohjet secondaire, par exemple sur le costume. Reynolds a su éviter cet abus, mais ai Gainsborough, dans le Bhie hotj^ ni Lawrence, dans Master Lambton, n'y ont échappé.

D'ailleurs nos peintres avaient à peine besoin de demander aux Anglais des conseils sur ce point. Gros, dans son superbe portrait du comte Fourier Sarlovèze, leui' avait montré comuienl l'on peut, eu niah-rialisant le portrait, tirer, d'un uniforme l)rillant porté par un athlète bien campé, une source ex([uise de jouissances pour l'ieil et, usant d'une méthode plus rigoureuse, il leur avait fait voir dans son esquisse de Bonaparte au Pont CC Arcole., avec un modèle qui ne se laissait pas oiddier, l'art d'orchestrer une figure impérieuse et fiévreuse.

Ces exemples furent peu suivis. Delacroix éprouvait pour le portrait une véritable répulsion. Il prétendait n'avoir pas assez d'acuité visuelle pour faire ressemblant. En ré-alité il se révoltait conti-e la contrainte ([u'il aurait dû s'imposer. Aussi a-t-il peint |)eu de portraits (1). Le jour où il se représenta lui-même, il fit une œuvre maîtresse, digne de demeurer parmi les plus célèbres mais où, à vrai dire, il n'y a rien, à proprement parler, de romanti([ue.

C'est (jue tout ce (jue fait un peintre ne dérive pas nécessairement du système qu'il a adopté. Les peintres romantiques, lorsqu'ils abordèrent le portrait, oublièrent, le plus souvent, leurs préoccupations systématiques et ne songèrent plus (ju'à faire œuvre sincère. David leur en avait donné l'exemple et l'on sait quelle distance il y a entre ses toiles héronjues et la véracité réaliste de ses portraits. Mais David lui-même ne faisait que se conformer, en cela, à une ancienne tradition et les peintres du dix-huitième siècle, par lui tant décrié, avaient su, malgré leur frivoliti' coulumière, reprendre l(Mir sérieux (juand ils peignaiiMit leurs contemporains.

Les Roulant i(|ues ne se piquèrent pas de plus de tidélité à leurs doctrines. Tandis que Ronington, en peignant sa vieille gouvernante (2), faisait un portrait vraiment romanticjue, mais tout anglais, tandis que Decamps s'abstenait, Horace Vernet poursuivit la série de ses photographies d'une haliileté vulgaire et vide.

Delaroche préluda au portrait, tel qu'il devait dominer sous le second Empire,

;I) La liste jusqu'à 18.30, d'après le Catalogue de Rohaul, ne contient ([ue des portraits d'amis ou de parents.

(2) Au Louvre, sous le n° 180.0*.

pour conserver sa vogue juscju'à nos jours, au portrait sèrieu,r. Rien assurénienl de romantique dans des portraits comme celui de Guizol : une certaine roideur et froideur de dessin, une certaine pauvreté de peinture, une certaine maig-reur d'accessoires en faisaient ce qu'on appela une pag-e austère ou d'un style élevé et, malheureuseuienf , à la suite de Delaroclie, plus d'un peintre de notre siècle a, pour l'amour de la noblesse, et, sous le couvert du goût, fabriqué des |)Oilraits ])(mi peints dont la correction g-uindée fut souvent le mérite uniiiue.

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