LES PEINTRES ROMANTIQUES DECAMPS LES PETITS ROMANTIQUES
Pour achever le dénombrement de ceux que Ton appcllerail volontiers les grands Romani i([ues, il faut associer aux noms de Delacroix et de Bonington celui de Decain|)s. Mais les limites étroites que nous nous sommes assignées embrassent,;! peine, les premières années artistiques du peintre des Cimbres et des Singes savants.
En 1830, Decamps (!) avait vingt-sept ans ; il avait exposé, une seule fois, au Salon de 1827, et, si le Soldai de la garde d'ioi 17j/y', la Chasse aux Vanneaux et la Citasse an Marais n'avaient point passé inaperçus, cette exposition l'avait moins l'ait connaître que les albums de lithographies iju'il publiait chez Gihaut régulièrement, chaque année, et (|ui j)articipaient à la vogue dont ce g-enre jouissait alors.
Si jeune qu'il l'ùl cl si perdu (ju'il pût être, aux yeux de ses contemporains, parmi la l'oule des débutants à qui semblait |)romise une honorable carrière, son originalité était, dès lors, constituée et nous pouvons dégager, de ses premières œuvres, la pai't de nouveauté qu'il apportai! dans le Romantisme.
Tout d'abord, il concevait l'Orientalisme sous une l'orme nouvelle cl, on peut dire, déHnitive. Le Soldat de la garde d'un r/j/r ouvrait la voie dont ne devaient plus s'écarter les peintres de l'Orient.
Jusqu'alors, les scènes empruntées à la Grèce ou à Constanlinople avaient demandé une partie de leur intérêt à des raisons plastiques on dramatiques. Ingres, en peignant ses Fameuses Odalisques, n'avait usé du décor exotique que pour mettre en valeur un corps nu de femme ; c'était une ruse pour se soustraire aux banalités ordinaires, une académie. Delacroix, dans les Massacres de Scio, Ary Scheffer dans les Femtnes Soaliotes, avaient été dominés par une pensée dra-
(1) Alexandre-Gabriel Decamps (1803-I8G0), élève d'Abel de Pujol, a exposé de 1827 à 1855.
Consulter surtout Marias Chaumelin, Ziecnnjyos, 1861; Ch. Clément, Décampa, 188(i, etc.; Véron, Mémoires d'un bourgeois de Paris; Ernest Cliesneau, Le MouvemenI moderne en peinture, Par\s, 18U1 ; Silvestre, Histoire des artistes imitants.
Pour le calaloçue des œuvres, Adolphe Alureau. Decamps etson œuvre, l'aris, IHGII.
iuali(jiii'. !)(m;im1|)s rclioiiva la Iradilioii du xvm'' siècle, (jiic JJclaciuix avait ontreviio dans VOdalisqiie de 1825 ; il eompril que l'Orient devait nous intéresser par lui-uiêuie, par riiaruionie de ses costumes, l'ardeur de son ciel, l'étrangelé de ses pavsa^es ; il le peignit pour l'unique plaisir de le représenter.
Est-il nécessaire de l'ajouter"? Decanips n'avait pas visité les pays dont un instinct pittores(|ue lui avait fait, seul, soupçonner les merveilles. (Jlomme Delacroix, il |)eignil d'altord l'Orient sans le connaître, mais, avant Delacroix, il sentit la nécessité de le visiter (1). Il partit, au lendemain de l'Exposition de 1827, pour une expédition d'environ trois années surlarpielle nous n'avons que des données très vag'ues (2).
Ce voyag'e l'ruclueux, dont Decamps garda, toute sa vie, le luuiinciix souvenir et qu'il ne l'cnouvela |>as, servit plutôt à préciseï' le l'ève (pi'à lui sulistituer une (■('■alité. Decanips ne s'en(|uil ni des Irails etlinograpliicpies, ni des caractères scieutiliques de la nature orientale. H n'a\ait, ceites, pas eu le leui|)s tie se livi'er à nue sérii'use empiète, et, s'il avait désiré en faire une, il aurait prolong'é son séj{)ni' en ()r-ient. Sans d(Uite, il sut donner, souvent, à ses personnages turcs un caraclèic fra|)paut de vérité ; mais ce fut, de sa jiart, inluilicui, non science, il s'imprégna de pittoresque oriental ; étudia le soleil, la couleur, les jeux d<» la lumière cl de l'oruhrc, tout ce qui caresse l'œil ini lui donne de fortes impressions. De ces pavs ra[)idenient parcourus, il emporta une vision d'artiste.
Il ré|tondait ainsi à ses débuts : celui (jiii s'était fait connaître par les modestes tableaux de 1827 ne voulait pas être autre chose qu'un peintre. Une songeait, alors, ni aux Cimhiv'S, ni à Sciinso/i, et (juand il se plaignit, bien des années plus lard, dans une lettre célèbre au docteur Véron, il'avoir été renfei'iné dans le (lenre, lui (pii était né |)our la peinture d'iiisloire, il oubliait qu'à ses débuts il n'avait subi d'autre contrainli' que celle de sou leinpérament.
Decamps a |>résenté un pliénoinène rare de dédoublemenl artistujue et manifesté, dans ses leuvres, deux esthétiques diamétralement opposées. Avec Sanison, avec les ('iinhres, conceptions épiques, les soucis de grande composition, d'idées profondes, de style ont hanté son esprit ; au contraire, dans le reste de sa carrière, il s'est, montré indifférent à tout ce (jui n'était pas le morceau peint. C'est par cet as|)ecl de son génie, le premier qu'il ait déployé, qu'il a été vraiment un Romani npie.
Nul pelnlre ne s'est affranchi plus que lui de ces préoccupations littéraires (pii pèsent sur la |)luparl des artistes et (pii furent si odieuses à Delacroix ; pour aucun, la délinition (pi(> Fromentin a donnée du Romantisme n'est |)lus loin de
(t) Il .i\:iil i''l('' |)ri'rril('' cm Orient par Champmartin (|ul, au Salon de 1827, exposait des dessins faits à Coiistaiiliiiii|ile el ihins le Levniit.
(â) Mai-ius (Uiaunieliii parle simplement d'un voyac;e qu'il fit vers la (in île l.i Keslani-.iliiiM (p. (i). Nous n'aviiiis p,is Ironvi-, .lilleurs, plus de détails.
la vérilé. Ni sujets, ni aiiecdules ; avec deux l>assels dans un rlienil, Dccainps sait faire nn chef-d'œuvre.
PourlanI, malgré celte insouciance de l'idée, malgré la lourdeur de l'exéculion foite pour matérialiser encore la conception, rien, en réalité, de moins malériel (jue les plus insignifiantes études de Decamps. 11 est arrivé, sans efforis, à cette haute compréhension que Delacroix avait désirée et il a su Hxer, avec les traits extérieurs de la nature, le cortège de souvenirs, d'impressions et de sensations, dépensées vagues, la vie, que ces traits enferment, l'àme delà nature même. Que de philosophie, (jue de sens puissant des choses, dans celte Classe turque qui s'endort sous un soleil lourd, dans ces Chevaux de halayc, dans ces Molosses et dans ces Bassets!
Romanti([ue par la pensée, Decamps le fut encore davanlanc |)ar le souci ([u'il eut du métier.
Le procédé matériel, la technique, à (|ui Bonington et Delacroix ont attaché une si grande importance, devinrent, pour lui, une absoihante préoccupation.
Elève d'Abel de Pujol, le plus froid des petits-his de David, dont l'exemple était fait pour dégoûter de l'art une nature ardente et qui manquait d'ailleurs de lt)ule autoritc', Decamps n'avait eu, en réalité, d'autre maître que lui-m{"'m('. Il fut (jbligé d'inventer ses procédés. Il les choisit compliqués, mais ce n'était pas, comme il le donnait, un jour, à entendre à Amaurj Dnval, par ignorance ou par impuissance (1). Qu'il ait regretté de n'avoir pas travaillé dans l'atelier d'Ingres, les jours où il s'essayait à la peinture épique et philostiphique, cela peut à la rigueur se concevoir, mais, pour sa manière ordinaire, il est de toute évidence que la technique classique eût été hors de mise.
Decamps adopta des méthodes complexes parce qu'il cherchait des effets complexes et s'occupait, avant tout, du rendu. Laborieux dans l'exécution, comme Delacroix l'était dans la conception, il parvint, par sa cuisine quotidienne, ses empâtements, ses mélanges d'a([uarelle et d'huile, ses papiers frottés de graisse, toutes ces recettes dont il gardait le secret jaloux, à obtenir les harmonies subtiles par lesquelles il a été un grand maître.
En lui s'acheva donc, sur ce point, l'esthétique romanti(}ue. A côté d'artistes insoucieux de la pensée ou désireux de faire surgir l'idée par la perfection de la forme, il fallait, pour compléter le cycle, qu'un homme eu vînt à s'absorber dans les manipulations et dans les dosages et qu'il opposât, à la facture im|)ersonnelle des pseudo-classiques, une personnalité cherchée ton I cnlirrcdans la saveur de l'expression. Pour mesquines ou puériles qu'elles parussent à (|uelqucs-uns, il se trouva que ces préoccupations n'excluaient pas le gi-nie et D(M'amps (^on-
I) Amaury Utival, L'Àh'lier d' Ingres, p I8i.
tribua à rcslaïuer le icspccl de la l('cliiu([ue et à rc'paiidre la doclriiie (|ue le poète a résumée en ces vers :
Oui, lo .suprême arliitrc en peinture, c'est l'ieil.
Nulle inspiiation, si l'artiste le lilesse,
Ne saurait du pinceau racheter la faiblesse (I).
Les trois peintres, dont, nous venons d'évotjuer la mémoire, demeureront, pour la postérité, les représentants véritables des Romantiques. Auprès de leurs contemporains, ils eurent des rivaux dont les uns se sont laissé complètement oublier, d'autres n'eurent (pi'une eélébiité d'un moment et survivent par une seule page.
Les noms de Saint-Evre et de Gliampnuirtin n'éveillent plus à présent aucun souvenir. Pourtant, vers 1827, ils furent associés à celui de Delacroix (2).
Ancien officier d'arl illeru' de l'empire, ami de (iéricaidl, Saint-Evre (3) avait débuté, en 1822, par deux gracieuses compositions tirées de la Tempête (4), qui eurent l'heur de plaire à la fois aux novateurs et à l'Ecole. Il serait à souhaiter pour sa ré[)utation (ju'il eût entièrement disparu et (|ue nous fussions obligés de le juger d'après le succès de ses débuts : nuiUieui'eusiMnent pour lui, les nonibi'cux lra\aux de décoration qu'il a falls à \<M'sailles (5) nous ])eriuetlenl de le connaître. Artist(\ plus que nu'diocre, sans couleur, sans audace, sans originalité, il décourage toute tentative de réhabilitation.
Il est loin d'en être de même pour Champmartin (6), (jui gâta un grand talent en des productions trop faciles cl ([ui tomba dans le déthiin |)our n'avoir j)as su se surveiller, mais t|ui, portraitiste en vogue sous la numarchie de Juillet, (7), avait eu une brillante aurore. Le premier, il eut l'idée de visiter l'Orient. En 1827, il exposa divers dessins exécutés au cours de son voyage et un tableau, VAf-
(1) Sully Prudliomme, Li- Prix/ne. Pour les Arts, sonnet à Tony Robert Fleury.
(2) « Appelez-vous Delacroix ou Champmartin ■>, /,'.lr//'.s7e, 1831 , t. II, p. 28. « Géricaull était mort, laissant derrière lui deux héritiers de ses traditions : Eui^èiie Delacroix et Champmartin. » Eugène Devéria, 1853, dans Alone, Devéria. p. Ki.
(3) Gillot Saint-Evre (flSSS; ; médaille de 21^ classe 182{ ; de In^ classe, 1827, a exposé de 1822 à t8ii ; voir Chesneau, Pclnlres et Srulpli'ui's romaïUù/ues, p. 01.
(4) Prospéra, duc de Mi/an, exposé, avecsnn eit fan/, aux fureurs de /a mer dans une vieille barque sans agrès; — La Partie d'échecs de Miranda, voir, Landon, Annales du Musée, 1822, p. 82.
(3) Salles 3, 4, (>, Salle des Croisades. — Le Cabinet îles tîstampes a de Saint-Evre une très faible lithographie.
(0) Callande de Champniarlin, élève de Guérin, 1>''' médaille 1831 ; a exposé de 1819 à 1848.
(7) Il a fait les portraits de Louis-Philippe, du duc d'Aumalc, de Léon Cognict, de Delacroix, de Jules Janin, etc.
faire des Casernes; en 1831, Henriquel Dupont (1) exposait, d'iiprès lui, un très remarquable portrait de Hussein-Pac/ta.
La Pi'èdication du Baptiste (2) que Champmarlin exposa, en 183.'), peut être considérée comme caractéristique de sa manière : tableau d'une touche hardie avec des empâtements, l'usage du couteau à [lalette, une couleur lourde Itiur à tour brillante, grise ou noirâtre, mais originale. La composition en est très simple et l'artiste y déploie une science du nu très remarquable, en même temps qu'il s'y montre bon animalier. Ce qui date surtout l'oeuvre, ce sont les types des personnages aux longs cheveux noirs et lisses, à Td-il doux et triste, au teint maladif, aux poses molles et abandonnées, vrais portraits dont Champmarlin n'a essayé, en aucune façon, de dissimuler l'exactitude.
L'auteur de ce morceau mériterait de n'avoir pas été si complètement oublié.
LIne mort prématurée a ravi trop tôt Poterlel (3) à l'art. La Dispute de Trissot in et de Vadiifs, (jue conserve le Louvre, a, du moins, préservé sa mémoire. Tableau spirituel, il attire l'œil de la foule; toile couverte de taches hardies et habiles, on v relève un vrai tempérament de coloriste.
A côté de ces peintres oubliés ou trop ti)t disparus, d'autres ont survécu à l'excès d'honneur dont on les accabla à leurs débuts : tels Eugène Devéria et Louis Boulanger. Ouehjues-uns, sans usurper jamais le premier ranij', ont accjuis une notoriété discrète que la postérité leur a maintenue, tels Isabev ou Roqueplan.
On sait que Devéria (4) eut, en 1827, le bonheur d'être, pour un instant, l'incarnation du Romantisme. Nous avons analysé, assez longuement, la Xaissance de Henri IV, pour n'avoir pas besoin d'y revenir. Il y avait certainement dans cette toile plus que des promesses de talent, et même en expliquant le succès du peintre par la fièvre générale et cette espèce de surexcitation universelle dont il était lui-même pénétré et qui dut le soutenir, on ne s'expliquera pas qu'une telle page n'ait pas eu de lendemain. On lira dans le livre curieux qu'Alone (."S) a consacré à Devéria les raisons d'ordre psychologique et religieux (jui détournèrent le jeune artiste d'une carrière si bien commencée. L'histoire simplificatrice a, d'ailleurs, singulièrement exagéré la rapidité de son éclipse.
(1) Henriquel Dupnnt a encore irravé, en 1833, un portrait en pied d'une daine d'après Champmartin.
(2) Al'Eitlise Saint-Tonias d'Aquin, à Paris; — voir aussi à Saint-Jacquesdu Haul-Pss, Saint /'hi/ippe assiste d la multipliralioH des pains ; les fresques qu'il a peintes à Notre-Dame de Lorette sont en partie efFacées; au musée de Nevers, Bataille de Mons-en-Piielle, œuvre lâche, fait peu d'honneur à celui (|ni l'a signée.
(3) Poterlet (1802-1835), élève de Hersent, a exposé de 1827 à 1833 ; La Dispute de Trissolin et de Vadius est de 1831. Consulter Chesneau, Peintres et Sculpteurs romantiques^ p. 72.
(i) Eugène Devéria (1805-1865), élève de Girodet, e.xpose à partir de 1821. (5) Alone, Eurjéne Devéria, Paris, 1887.
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Dovt'i'ia Jic ilispaiiil pas a|ii'(''s la Naissance de Ilcnn /F, pas [dus (juc ( lonl mta[)rès li^':^ Romains de la Décadence. Il est vrai qu'il ne retrouva jamais l'inspiration puissante de son début ci qu'il ne se soutint pas au premier rang; il eut, (lu moins, une place honorable jusqu'au jour où il ([uitta Pai'is. Son plafond du Louvre, (juil peig-nit en 1830 (1), était encore d'une fière allure et d'une belle venue.
Mais pres(|ue aussitôt, au salon de 1831, il déviait de la voie où il s'était d'abord engagé et cessait de coudoyer Delacroix et Bonington pour se rapprocher de Delaroche ou plutôt pour se joindre aux Johannot, aux illustrateurs, satisfaits d'ini à peu piès de costume, de couleur et d'histoire. La Mort de Jeanne d'Arc (2) mar([ua cette évolution fàclieuse. Désormais les œuvres (3) de Devcria ne rappelèrent plus, dans leur médiocrité, que par quelques détails heureux, les espérances avortées de ses premiers essais.
QuanI à Louis Boulanger (4), malgré le succès i[u'il remporta, également en 1827, avec son Mazeppa, on peut dire qu'il fut une victime du Romantisme, une sorte de Petrus Borel de la |)einture. Le Mazeppa est exposé au musée de Rouen dont il est, pour les habitants de la ville, demeuré le plus précieux ornement, plus populaire ([ue le Trajan de Delacroix, la perle véritable du Musée. Cette faveur persistante est, il faut l'avouer, assez peu explicable : ni la composition l'amassée, ni le dessin vulgaire, ni la couleur fatiguée et bom^use ne la juslifienl. Le taldeau n'a pour lui ([u'un eerlain air de bravoure qui attire le regard et (juel- (|U(>s détails heureux (jui, en leur- lemps, firent prononcer, rapprochement redoutable, le nom de Rubens.
Louis Boulanger fut écrasé |)ar l'admiration des poètes, dont il fut l'ami, qui le grisèrent de leurs louanges li yperboli(jues et l'enhardirent aux pires excentricités (.^)). On reste stupéfait des éloges dont fut comblé l'auteur du Mazeppa. Tout le monde fut complice. Les lithographies du Sahbat et de la Saint-Barthèlemy, les illustrations pour les Fantômes des Odes de Victor Hugo, reçurent un accueil inexcusable (6).
Louis Boulanger traîna une longue carrière (jui ne répondit pas à l'éclat de ses débuts. Après avoir oublié longtemps le Romantisme, il y revint à la fin de sa vie et recommença, par système, des tableaux truculents, d'une oulranee voulue, comme la Cour des Miracles que conserve le musée de Dijon.
(1) Le Pugel présentant le groupe de Miion rie Croloneà Louis X/V.
(2) Au Musée (rAmicns.
(:}) La Marsnille (Salon de 1838), à Versailles. Voir encore à Versailles deux tableaux : La Levée du siège de Met: el, /a Prise de Srtveriie.
|4) Louis Boulanger (tS06-1867), élève de Lelhiére et d"A. Devéria, 2^ médaille en 1827, a exposé de d827 à '18(i(i.
(5) Voir livre VI, chapitre II.
(6) Album National, 18 avril 1829, sur les Fantômes de Boulanger.
La vraie cour de Boningtou, de Delacroix et de Decainps, s'il est ii«>cessaire de leur composer un cortège, c'est Eugène Isabej, c'est Camille Roqueplan.
Ceux-là sont de véritables petits maîtres; ils ont imité au petit pied, avec t-ràce, parfois avec mièvrerie, rarement avec grandeur, les harmonies révélées par leurs grands modèles. Roqueplan (1) est le seul qui ait exposé avant 1830. 11 avait, au Salon de 1827, la Mort de VEspion Morris einne Scène de l'Antiquaire. Les deux toiles promettaient beaucoup. La Mort de l'Espion Morris, que l'on peut voir au Musée de Lille, toile hardie, pittoresque, dramatique, a conservé son intérêt.
Roqueplan tint une partie de ses promesses. Il resta un peintre agréable, peu assuré de ses principes, remporta des succès de mauvais aloi, comme celui du Lion Amourenx, mais il se distingua toujours par le souci de la couleur qu'il avait eu dès le premier instant. De petits tableautins, dont la collection Wallace conserve un exemple, témoignent de la justesse de son œil, et ses lithographies comptent parmi les meilleures de l'âge romantique.
Les peintres que nous venons d'étudier sont, à nos yeux, les seuls (jui aient interprété dans son sens large cl naturel le Romantisme. Les trois plus illustres d'entre eux resteront, nous en sommes persuadés, les trois véritables représentants de leur Age. Ils ont eu le bonheur de suivre leur tempérament en suivant leur temps. Ils n'ont pas été Romantiques par accident mais par nature. A toute autre époque, ils auraient été déplacés, étiolés ou déformés. Ce sont des plantes qui sont nées sous leur climat et sur leur sol propres. Par là, ils diffèrent des peintres que nous allons, à présent, aborder et qui ont dû au hasard de leur naissance le genre qu'ils ont adopté. On conçoit très bien Delaroche élève de David ; on voit mal Delacroix sous la même discipline ou on se le figure, comme Gros, perpétuellement en lutte avec lui-même et le plus malheureux des artistes.
Le Romantisme a donc produit trois grands artistes. Combien d'écoles illustres peuvent se vanter d'avoir eu plus de champions ?
(1) Camille Roqueplan (1800-18551, élève de Gros et d'Abel rie Pujol ; âf médaille 182}, li<^ médaille 1828; a exposé de 1822 à 1855.