‹ La peinture vénitienneChapitre 11 sur 55 · II. — LA l'UK.MlÉUK ilKN.MSSANCE · texte numérisé non relu

II. — LA l'UK.MlÉUK ilKN.MSSANCE

Le musée de Naples possède de Bartolomeo une belle Madone âxecVenhnt Jésus endormi, au milieu d'anges et de saints; le musée de Turin une autre Madonr à mi-corps. On a d'Alvise Vivarini une trés-belle Madone entourée de maints, qui est à l'Académie, la Résurrection à San Giovanni à Bragora, et l'admirable table qui était autrefois à la Scuola dei Battuti, à Bellune, et qui est aujourd'hui l'honneur du musée de Berlin.

Le grand génie de Jacopo Bellini ressuscita dans la génération née de lui, en ses deux fils Gentile et Giovanni, qui mirent le sceau à la peinture du XV^ siècle. Le premier se fit remarquer par son goût des magnificences extérieures ; le second, par l'intimité et la profondeur du sentiment.

Sans doute Giovanni sut, lui aussi, reproduiie l'agitation de la foule et le tumulte des batailles, au Palais ducal, sans paiier de la restauration qu'il fit de l'œuvre de Gentile da Fabriano, représentant la déroute légendaire des Impériaux à Salvore, il acheva la peinture commencée par Alvise Vivarini: Frédéric Barberousse et son p.ls Ofton. Mais, Giovanni fut le plus séduisant des peintres qui unii'ent le sentimt>nt religieux à l'amour renaissant de la beauté physique ; il subissait le charme

Venise. Galeii

Layaiii — PORiRAir de .MahuMf.t H Gentile Bellini.

du regard voilé et profond de ses madones plutôt que celui des foules bruyantes et bigarrées chères à Gentile et représentées par

Venise. Académie Royale - San Lorenzo Giustiniani - Gentile Bellir

1,.\ IM'.KMIEP.K liKNATSSAXCK

lui avec une incomparable exactitude de détails et une merveilleuse fraîcheur de coloris. Los peintures de Gentile dans la salle du Grand Conseil furent détruites, avec beaucoup d'autres œu-

Venise. Académie KoyalP - L.\ Viergk dks Alheisetti - Giovanni H.llini.

vres des maîtres les plus iliustros, dans l'incendie de 1577; mais pour apprécier son génie, il suffit d'étudi(n' les trois grandes scènes : la Procession su)' la place Saint-Marc, et le Miracle de la

Croix, peintes pour la confrérie de St-Jean l'Evangéliste (1496-1500) qui sont aujourd'hui à l'Académie de Venise, et la Prédication de Saint-Marc, peinte pour la Scuola di San Marco.

Gentile séjourna quelque temps à ( 'onstantinople, à la (leur de Mahomet IL Marin Sanudo, dans un recueil de pièces de chroniques vénitiennes, écrit: « 1479, le premier août, on vit arriver de la part du grand Seigneur des Turcs un ambassadeur juif, porteur d'une lettre. Sa Seigneurie désire qu'on lui envoyé un bon ]ieintre. On lui a adressé Gentil Bellini, peintre de grand tatalent, qui s'est embarqué sur les galères de Remanie ; sa SeiL;neurie a payé les frais, et il est parti le 3 septembre ». Un écrivain français, M. Thuasne, ^^^ a étudié sur les documents les rapports de Bellini et du Sultan pendant les quinze mois de son séjour à ('.onstantinople; il a fait connaître les œuvres composées dans cette ville et les écrivains qui se sont occupés de cet épisode important de la vie du peintre. Le portrait de Mahomet par Gentile se voit encore à Venise dans la galerie Layard.

Gentile Bellini, déjà vieux, sollicita et obtint la faveur de peindre un tal)leau dans la Scuola di San Marco, où avaient travaillé son père et son frère. Mais le 23 février 1507, il mourait en laissant à son frère divers objets, entre autres le fameux livre des dessins de son père (lihrimi designorum qui fuit prefati quondam patris nostrij, à charge pour Giovanni de s'engager à finir la peinture que le testateur laissait inachevée à la Scuola di San Marco. 11 s'agit, à n'en pas douter, de l'œuvre grandiose et vraiment classique qui représente la prédication de Saint-Marc sur la place d'Alexandrie en Egypte, et qui fut terminée par Giovanni. Ce tableau où figurent les portraits de quelques membres de la Confrérie de la Scuola di San Marco, entre autres les deux Bellini, est aujourd'hui au musée de la Brera.

Le nom seul de Giovanni Bellini éveille dans l'esprit l'image de la délicatesse, de la grâce, de la douceur. Dès ses premières années, il subit en même temps que l'influence de son

(1) Gentile Bellini et le Sultan Mahomet II, Paris, Leroux, 1888.

n. — I.A l'RKMflil'.K l'.KNAtSSANCK

père, celle de son boau-frèrc ^lantegrui, à tel point, lait observer Burckhardt, que certaines do ses œuvres de jeunesse peuvent être confondues avec celles deMantegna; par exemple, la Trans-

Venise. Église des Frai-i — L.v \ ucuoi-: -tUK son ra.'i.\t; et Sai.nt.s — Giovanni BoUiiii.

(iguration, du musée de Naples, la Piefà de la galerie de la lîrera et VOraison au jardin, de la galerie nationale de Londres. Sa longue vie fut une vie de travail, et Venise garde aujourd'hui encore un grand nombre de ses œuvres: au Museo C.ivico, une Piel à, un Crucifix et la Transfiguration ; à l'Académie, la grande table d'autel de San Giobbe, qui fut la première peinture à l'huile de

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Bellini; cinq petits tableaux allégoriques et un certain nombre de madones, entre autres celle que l'on appelle la Madone degli Alberetti. Cette peinture est célèbre par son caractère de divine douceur; elle l'est aussi par le bruit que firent autour d'elle des critiques passionnées, lorsque, débarrassée des vernis trompeurs accumulés par d'anciennes restaurations, l'œuvre de Bellini réapparut dans sa limpidité primitive, et non pas, comme on voulait le faire croire, cruellement maltraitée et profanée, ("/est aussi une œuvre délicieuse, (toujours à l'Académie de Venise), que laMctdone entre deux Saintes, cette toile où les personnages sont éclairées presque horizontalement par les lueurs du soleil couchant. Le Musée de Madrid possède une réplique de ce tableau avec de légères variantes. Il y a une autre Vierge, de la première manière de Giambellino, dans l'église de Santa Maria dell'Orto; une autre de l'année 1488, qui est aujourd'hui dans la sacristie de l'église des Frari, a toute la beauté d'une florissante jeunesse; elle exprime en même temps un profond sentiment religeux.

On peut voir dans l'église de San Zaccaria un grand tableau d'autel, justement fameux, de l'année 1505 ; à San Francesco délia Vigna, un tableau en largeur représentant la Vierge, l'Enfant Jésus et quatre Saints, de l'année 1507; à San Giovanni Grisostomo, la table d'autel avec St-Jérome, St-(^hrysostome et St- Augustin. Cette œuvre, où l'on surprend l'effet des nouvelles tendances artistiques, fut achevée par Bellini en 1513^ à l'âge de quatrevingt trois ans ; elle témoigne de la souplesse du génie de l'auteur et de son souci constant du progrès et de la perfection, lorsqu'après avoir subi l'influence de Durer, il adoucit les contours de ses personnages, en voyant les œuvres de ces deux colosses Giorgione et le Titien. ( liions encore au nombre des œuvres les plus belles de Bellini le tableau du Couronnement de la Vierge dans l'église San Francesco à Pesaro, avec les délicieux petits personnages des côtés et les scènes d'une indicible beauté de la prédelle; à San Pietro j\Iartire de Murano, la Vierge sur un trône, devant la quelle s'agenouille le doge Marco Barbarigo; à Santa Corona de Vicence, le Baptême du Christ et un grand nombre de madones, con-

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