IV. — LA liÉCADKNCE
dans sa foniic la plus contraire à la noblesse des traditions, le chef de l'école nouvelle fut à Rome Michelangiolo da Caravaggio (le C.aravage), secondé tout de suite à Naples par l'Espagnolet, Belisario Corenzio et autres, et à Bologne par le Guercliin A Venise, où le public s'était habitué à aimer la lumière et à trouver inutiles dans les peintures les masses d'onihre, les représentants de l'école nouvelle s'appelèrent les ténébreux; ténébreux par leur imprimure noire et huileuse, par l'absence de tout retlet joyeux, par le renoncement à toute teinte gaie, dette étrange tendance fut importée sur les lagunes par Ijernardo Strozzi et Agostino Cassana ; et on vit marcher à leur suite un certain nombii; d'artistes, qui n'étaient pas nés. à Venise, mais qui y avaient fixé leur séjour. On peut citer Pietro Piicchi de I.ucques, Federico C.ervelli de ^lilan, Francesco Rusca et Girolamo Pellegrini de Rome, Sebastiano Mazzoni et Matteo de' Pitocchi de Florence, Niccolô Renieri de Maubeuge et Gio-
Venise Aciuléinie tlos Beau.v Arts — La I'iscink Probatiole J. A. Fasolo.
112 LA PEIXÏURE VÉNITIENNE
vanni Battista Lorenzetti; ce dernier, auteur de quelques bonnes fresques dans l'église Sant'Anastasia à Vérone, sa patrie. Comme artistes originaires de Venise, on ne doit pas oublier le patricien Ottaviano Angarano et Stefano Paoluzzi.
A dire vrai, tous ces artistes n'avaient pas suivi les singuliers errements des manié rides et des ténébreux; on reconnaît même chez tel ou tel le dessein de ramener l'art vénitien à ses nobles traditions et de s'opposer à cette licence désordonnée qui
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Venise. Musée MunieipHi — Ahrivée de Catheiune Cornaro — Aliense.
étendait de toutes parts ses ravages. Quelques uns, incapables de résister au goût dominant et atteints dans une certaine mesure par l'erreur commune à leur siècle, tournaient de préférence leurs regards vers Paul Véronése et le Tintoret, plutôt que vers Palma le Jeune ; et bien qu'ils se rattachassent à l'école des teintes sombres et des fonds huileux, ils faisaient effort pour revenir au lumineux coloris des vieux vénitiens.
Antonio Vassilacchi, dit V Aliense, fut un artiste aux convictions bien flottantes. Grec de Alilo, il vint à Venise à l'âge de quinze ans, en 1571, et se mit à l'étude de Paul Véronése, pour suivre un peu plus lard le Tintoret, et, en fin de compte, se ranger à l'école de Palma. PendanI les soixante trois années de sa vie, il fit, à Venise et au dehors, des œuvres nomljreuses ; au milieu d'un trop grand nombre de médiocrités, il y a de lui certains tableaux qui ne sont pas dépourvus de mérite, comme couleur et comme forme ; par exemple, au Palais des Doges, le Couronnement de Baudouin à Constantinople, la. Prise de