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veilleux Christ devant Pilate et co Sauveur sur le chemin du Golgotha, se payèrent 131 ducats. Quanta la Inssa, on salaire p lyé annuellement an Tintoret, elle était df 100 ducats; mais l'artiste s'engageait à donner chaque annre trois tableaux. Le Tintoret était si indillérent en matière d'argent qu'il hii arriva parfois de donner ses tahlenux. En lÔGO, Véronése, Andréa Schiavonc, Giiiseppe del Salviati, Federico Zuccaro et le Tintoret concoururent pour le dessin du compartiment central du plafond d'une des salles de la Scuola. Tandis que ses concurrents faisaient Irur modèle, Tintoret mit bel et bien en place le tableau, représentant Sai)/t-Rnch dans U7ie f/loire; et comme ses confrères parlaient de l'enlever, le peintre déclara qu'il en faisait don à Saint-Roch, et qu'un présent offert à im saint tir pouvait se refuser. C'est ainsi que le besoin de produire et la fougue du travail faisaient oublier à l'artiste les égards et les ménagements dus à des confrèn^s.
Avec le Tintoret on voit sNHcindre ce souftle de sublime beauté qui avait couru siu' l'art vt'nilien. L'acte mortuain; du peintre est ainsi rédigé :
A di marzo J594 è morto mes. Jacopo Robusti ditto Tentoretto de etià d'aiini 75 e slatto amalallo gin/ni quindese de friere.
Il fui enseveli dans l'église de la Madonna dell'Orto, où cet artiste à l'imagination incomparable trône au milieu de quelques unes de ses œuvres, marquées du sceau de cette âme, de cette main hardie, de cet esprit vigouieux, dernier représentant de la glorieuse école vénitienne.
Venise. Scuola di San Rocco - Le C.axvaire - Le Tintoret.
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VPiii.se. Palai.s .les Uoges - Le Ju(,e.mi:.\t j^er.meh - Palnia !.■ J.mju.-.
La Décadence
[es funérailles du Tintoivt furent aussi celles do l'art vénitien. La belle maison de style ogival pleine d'élégance, bâtie sur le quai dei Mori et habitée pendant vingt ann(''es par lo grand artiste, passa en héritage à son fils Domenico, son meilleur élève. Outre un grand nombre de portraits, Domenico fit plusieurs travaux dans les églises de Venise et au Palais Ducal ; il produisit sans relâche jns(|n'à sa mort, survenue en 1637; il avait soixante cinq ans. Les œuvres desajeimesse ont beaucoup plus de valeur que celles de son âge mûr; dans ces dernières en effet, il suivit la pratique commune alors et il allia à une splendide élégance une pompe bizarre et fantastique. Le Tintoret luimême n'avait pas échappé entièrement à ces erreurs et à ces extravagances, et on peut lui appliquer ce qui a été dit de Michel-Ange et de son inlluence sur ses imitateurs, qui exagérèrent ses défauts. Il y a dans l'histore certains hommes, dans la littérature et dans l'art certains styles dont l'originalité est si puis-
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santé, la grandeur si démesurée qu'à vouloir les suivre on est pris de vertige, et qu'en les imitant on s'expose à des chutes périlleuses.
C'est ainsi que la rapidité, qui n'était chez le grand artiste vénitien que l'obéissance à une pensée prompte comme l'éclair, devint chez ses imitateurs de la négligence et du gâchis; ceuxci, s'éloignant de la vérité, cherchèrent de préférence l'excessive grandeur des masses et les effets les plus voyants.
A mesure que Venise voyait décroître d'année en année ses trésors, sa puissance politique et sa force, l'art allait s'affaiblissant de jour en jour, an double point de vue du sentiment et de l'idée. C'est pourtant l'époque où l'on voit, en dehors do l'Italie, et à certains égards en Italie même, l'art élargir son domaine et puiser une nouvelle vigueur dans la vie réelle et dans l'étude du vrai sous toutes les formes. En Italie, la gloire du XVP siècle allait s'éteignani ; loutefois, avec des moyens nouveaux et des conceptions différentes, et tout en subissant l'intliience du mauvais goût du temps, l'art se manifestait encore avec vitalité sous la main des Carache, des Procaccini, des Dominiquin, de l'Albani, de Guido Reni, de Bronzino, de Sassoferrato, de Carlo Dolce, de Michelangelo da Caravaggio, de l'Espagnolet, de Luca Giordano, de Salvator Rosa. En même temps, de l'autre côté des Alpes, la peinlurc s'élevait à une hauteur qu'elle n'a plus jamais atteinte; on eût dit qu'elle faisait comme un foyer de ses rayons les plus éclatants autour des noms de Velasquez, de Miulllo, de Rubens, de Van Dyck, de Rembrandt.
Au contraire, à Venise la sève de cette superbe végétation, qui, de Jacopo Bellini à Jacopo Tintoretto, avait donné des fruits si merveilleux, parraissait épuisée. L'art no se plaisait plus qu'à la peinture de cette pompe conventionnelle, expression d'une vie toute d'étiquette et de cérémonie. Toutefois, en dépit de ce débordement de vanité, il ne manqua ni à l'art lû à la vie un certain air de triomphale grandeur ; on vit même briller à tout instant dans ce milieu de décadence de vives lueurs intellectuelles ou morales, qui étaient comme le reflet d'autres temps et d'autres flammes.
LA HÉCAliKNCK
Dans cette période étrange, travaillée de tant de ferments d'erreurs, d'artifices, de luxe, rassassiée de tout, l austère vertu d<' PaoloSarpi et l'héroïsme guerrier de Lazzaro Mocenigo firent rayonner tout leur éclat; à son tour, l'art du XYIP- siècle imprima à Venise un
Venise. Oratoire ile> ('.iMcifori - Le Hûge Cicogna visite l'Oratoire l'aima le .Jeune.
cachet nouveau et arlieva nierveilleusemenl sa physionomie, hans le désordre de l'architecture et les libres tendances de la slatuiiire, on vit resplendir la fantaisie hardie de Baldassarre Longhena et le génie vigoureux d'Alessandro Vittoria. Malgré tout ce qu'il y avait d'intempérant, de conveiitionnel, d'incoirect, d'insuffisant, la pein-
LL PEINTURE VÉNTTIENNE
ture elle-même témoignait d'un sentiment grandieux de la décoration; l'artiste savait tirer parti pour ses œuvres des murailles et des plafonds fastueux et rehaussés d'or, des corniches chargées de feuillages et d'enfants, des moulures lourdes et baroques; cela avec tant d'habileté que, bien loin de produire le inoindre désaccord, on eût dit que les compositions du peintre, les lignes décoratives de l'architecte et le stuc de l'ornemaniste concouraient à une impression d'unité et d'harmonie de l'ensemble.
Venise. AcaJëinie des Beaux Arts - Le Tiuo.mphe de la Mort Paliaa le Jeune.
Jacopo Palma, surnommé le Jeune, pour le distinguer de son homonyme, l'auteur de la Sainte-Barbe, fut le dernier peintre de l'âge d'or et le premier de la décadence. Né à Venise en 1544, il reçut les premier principes de son art de son père Antonio, neveu de Jacopo Palma le Vieux, et mari de la nièce de Bonifazio de Pitati de Vérone. Après avoir été à Urbin et à Rome et avoir étudié les grands maîtres de la peinture, le jeune Palma retourna à Venise, où il acquit rapidement la réputation d'un peintre de talent par la rapidité de son dessin et une certaine grâce de touche. Aussi fut-il chargé de peindre dans la salle du Palais des Doges le Jugement Universel, et dans celle du Grand
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Conseil: Le Pape permettant à Otfon de traiter de la paix avec son père, Alexis et les Croisés à l'assaut de Conxtantinople, et La prise de Crémone. Les peintures de Palrna à Venise sont trèsnombreuses, et on les reconnait avec certitude, coiume il anive toujours aux œuvres de ceux qui, nit-tlant leur hoinieur à faire vite, adoptent des forundes ([ui s'appli([ueiit à toul. Il lui arrive parfois de s'élever à un certain mérite qui n'est point méprisable, (l'est ainsi qu'on ne peut voir sans admiration ses tableaux dans l'Oratoire dei Crociferi. Véronèse et le Tintoret disparus, Palnia, délivré de ces deux puissants rivaux, régna en mail rc dans le domaine de la peinture; dans sa longue vie de quatre-vingl quatre ans, avec sa déplorable rapidité d'exécution, avec les mouvements impétueux, les gestes dramatiques et violents de ses personnages, il jeta la peinture dans le genre maniéré et ouvrit la voie au délire du dix septième siècle. Dans toutes ses œuvres, il se révèle maniériste ingénieux, mais incapable d'application, hésitant entre l'imitation du Titien et celle du Tintoret. L'admiration de ses contemporains ne lui fit pas défaut, et la Muse verbeuse du XV!!® siècle le chanta en ces termes:
El Palina donca a rincalmar lu lesto
Su '1 verde ramo del so bel inzegno
El flor del colorito e del disegno ;
E do gran mistri ga donà l'inesto.
L'un Tician fu, quel allro el Tintoreto
Ainsi s'exprime Marco Boschini, peintre et poète. Mais si Boschini, avec sa grandiloquence, sait, comme poète, donner quelque bon et judicieux avis en matière d'art, comme peintre, il montra plus de défauts que son maître Palma n'avait eu de qualités. Palma eut un grand nombre d'autres imitateurs et disciples ; par exemple: Andréa Vicentino, légèrement supérieur aux médiocres artistes ses contemporains dans ses tableaux du Palais des Doctes, au coloris lars^e et nourri, Leonardo Corona de Murano, Santo Peranda, Girolamo Pilotto, Baldassarre d'Anna, Matteo Ponzone, Giovanni Carboncino, Girolamo Gamberati, Gio-
vanni lîattista Novell!, Jacopo Albarelli, Camillo Ballini, Ascanio Spineda de Trévise, Paolo Piazza de Castelfranco, qui se fit capucin et prit le nom de père Côme, etc. A ces peintres de l'école de Palma on peut ajouter trois artistes de l'école de Véronése : Matteo Ingolil de Ravenne, Michèle Parrasio et Giannantonio Fasôlo. Du premier, qui compte parmi les médiocres disciples du
Venise. Palais des Doges — Entrée de Henry III a Venise — Andréa Vicentino.
grand Paolo, on a au dépôt de l'Académie un tableau qui n'est pas sans mérite; un autre a été récemment cédé au Musée de Ravenne en échange d'une toile de Niccolô Rondinello. En style moderne, on dirait de Parrasio qu'il fut un dilettante génial. Il y a dans l'église San Giuseppe un bon tableau de lui, où il s'est représenté lui-même en prière devant Jésus mort. Giannantonio Fasôlo est considéré comme un des continuateurs les plus considérables de Véronése. Sa Piscine iprièatique, à l'Académie, a mérité et continuera à mériter les plus grands éloges de la critique d'art.
En énumérant tous ces noms et en revoyant par la pensée un si grand nombre d'œuvres qu'ils rappellent, on se rend compte de cette vérité, c'est que désormais l'art accuse sa vitalité moins par les mérites de la conception et du coloris que par une facilité et une abondance, qui trop souvent sentent le métier.
Lorsque l' Italie vit les débuts de l'invasion du naturalisme,