‹ La peinture vénitienneChapitre 35 sur 55 · I.K hl\-lll niK.MK .SIKCI.K · texte numérisé non relu

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réaction s'opéra; on vit se produire au joui' un art qu'embellissaient toutes les Heurs de la galanterie; Longhi, llosalba, Canaletto, Guardi retracér(;nt avec vivacité les grâces di' leur temps.

Rosalba Carriera, âme d'artiste line, expi-essive, délicate, née à Venise en 1076, d'un père originaire de Chioggia, et mort en 1758, peignit des portraits au past(d avec une finesse de touche et une facilité de dessin merveilleuses. Un pastel de Rosalba, c'est la véiité illuminée d'un rayon de poésie ; ses patriciennes ne sont pas vraiment telles qu'elles étaient, mais telles qu'elles voulaient être. Les unes joyeuses, le visage encadré du brun zendado, les cheveux fauves sous un voile de poudre, le front serein, le sein ù demi caché, semblent aspirer la vie à pleins poumons; l(>s autres se présentent pensives, l'œil mélancolique et contemplatif, comme perdues dans la profondein-

d'un songe; sur leurs lèvres erre un tranquille sourire, qui est peut-être le reflet de quelque doux souvenir. La plus gi-ande et la meilleure partie de l'a'uvnï de Rosalba est conservée au Musée de Dresde; son pastel l'emporte sur le pinc(niu dans les teintes des fleurs et de la soie: il excelle à rendre toute la finesse de grain et le velouté de la peau.

Une autre femme célèbre dans l'arl du portrait, ('trangère par sa naissance, vénitienne par son mariage, Angélique Kauiïmann (17il-1807), femme d'un modeste peintre décorateur de

Acrtdi'iiiic Hiiyalp — I'ortfîait di: iAuteur Uosalha Caniera.

LA PEl^sTURK VENITIENNE

Venise, Antonio Ziicchi, choisit quelque temps les lagunes comme séjour de prédilection et fit quelques poriraits de patriciens.

Dans im agréable fouillis de dentelles, d'éventails, de fleurs, les toiles de Longhi nous présentent la vie des nobles vénitiens. Pietro Longhi naquit en 1701 à Venise, et y mourut à l'âge de quatre-vingts ans passés, laissant un fils du nom d'A-

Venise. Museo Givico

Le peintre Longhi i'EIGnant une dame — P. Longhi.

lexandre, cpii fut un peintre de quelque talent. Dans sa jeunesse Pietro suivit le goût de son temps, en traçant de grandioses compositions, comme la CJmte des Géants, dans le vestibule du Palais Sagredo à Sanla Sofia. Disciple de Balestra, il marcha sur ses traces; mais, avec les années, il modifia sa manière, et attiré par le siècle de la galanterie, il reproduisit toute la variété des épisodes et des mœurs de la vie domesti(|ue dans un grand nombre de petits tableaux, qui font pour la plus part le gracieux orne-

LE i»ix-iiiitii-:>;k s[Kf:r-i-:

meiil (lu Miisoo Civii-o, de l'Acadrinio et de collectioMs j. rivées. La vigueur et la vie font défaut à cette peintiuv lui peu molle, comme le temps où elle se produisit; mais la Venise du WIIP siècle n'a pas eu de miroir plus fidèle et plus sincère.

Venise. Académie linvaie

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l'ietiv. Luii-li

Antonio (banale, dit ^Vo/a/é'/^^ (1607-1768) et Francesco Guardi (1712-1793), l'un à la pointe de son pinceau d'une finesse et d'une application merveilleuses, l'autre avec des touches rapides, vives, saisissantes, reprodinsaienl les clartés arp-iilines du ciel vénitien, l'eau verdàtre dans laquelle S( réfléchissenl les palais du Grand Canal, les gondoles et la foule joyeuse des petites scènes à larges traits. A la même époque, Bernardo l'ellotto, né en 1718, fut lui aussi un bon peintre de perspective. Pourquoi faut-il que Ve-

LA PElN'TniK VÉNrTli:>;XE

1.|mi>.|i. .-. i.il. II. cil- Ulli.. I.i. 'juvi DC^ i:sîCLVVON.> — Canalottu.

Milan. Pinacothèqur' de la Brera - Liî Canalazzo - Francesco Gimrdi.

LK hIN-liriTIÈ.MK SIKCI.H

nise n'ait gardô qu'un petit nombre d'essais de ces maîtres qui lui consacrèrent le meilleur de leur llamme et de leur couir? En pleine maturité de son talent, Bellotto alla fixer l'image de villes étrangères, où ses œuvres ont été conservées avec un soin jaloux; mais les deux premiers artistes restèrent fidèles ;i la ville qui les avait vu naîtic^, et l'on doit considérer comme; une perte • louloureuse l'émigration de la majeure partie de leurs œuvres.

Milan. Pinaiotlii'qup do la IJioia — I^a C.azzada près Vahese - b. Bellotto.

Cette passion de rei)réseiiter les édifices, les rues, les places, les vues de villes fut partagée par des artistes d'autres pays au XV'in*' siècle; et il suffira de rappeler la fécondité de production dans cet ordre, avec R.ome pour théâtre, de Gaspare Van Wittel, dit Gaspard aux lunettes. Mais l'excellence de cet art particulier ne se révèle vraiment qu'à Venise. Nous ne devons pas oublier qu'en dehors de (lanaletto, Guardi et Bellotto, Luca Carlevaris et Jacopo Marieschi laissèrent des U'uvres dignes d'éloges. Le paysage eut également des partisans de talent: Marco Ricci, dont il a déjà été question, Giuseppe Zaïs de Villa d'Agordo et Francesco Zuccarelli; ce dernier était un Toscan qui était venu habiter Venise.

i,.\ i'kintirf: VExrriKi\^"E

L'art vénitien flottait entre deux tendances opposées, entre Lazzarini et Longhi, Piazzetta et Ptosalba, lorsque ou vit paraître comme arbitre et maître un de ces esprits à la compréhension puissante, qui réalisent l'accord entre les traditions du passé et les aspirations du présent, opèrent une synthèse féconde et savent donner à leur conception le cachet de l'originalité. En dépit de ses excès et de ses défauts, Giambattista Tiepolo réussit

Milan. Plnapntlir'qno ,li'' In Hiora - I.v Oazzada pkks Varese - B. Bellotlo.

à ramener l'art des limbes obscurs du maniérisme ;"i la pleine lumière du soleil, à la vérité de la nature éternelle; avec une richesse de tons toute nouvelle, il peignit des êtres et des choses au milieu de merveilleuses oppositions de lumière; il représenta de hardis effets de perspective, des poses difficiles et violentes, des façons originales de draper, et il s(> mit en révolte contre les tricheries mensongères de l'écoio. Tiepolo, en suivant une voie qui était bien à lui, et à lui seul, infusa à la peinture une énergie toute nouvelle.

Certains critiques, y compris le judicieux écrivain français de Ch(!nnevières, se sont plu à penser que le père intellectuel,

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