‹ La peinture vénitienneChapitre 5 sur 55 · I. — LES OKIGhNES · texte numérisé non relu

I. — LES OKIGhNES

l'avait fait Giotto liii-inôrne. Cnrnine son compatriote et contemp(.rain r:eimino di Di-'^a Cerinini da Colle di Valdelsa, Giusto alla à la cour de François I"- (.arrara, seigneur de Padoue; ce même prince qui, avec tant de libéralité et de courtoisie, olîrit un dei-

Padoue. .Musée — Anges - Guariento.

nier asile à un autre lloientin plus célèbre, Pétrar(|ue. François de Carrara, protecteur magnilique des artistes, nomma Giusto citoyen honoraire de la ville de Padoue, où ce maître mourut avant 1397.

Sur le territoire de Venise, le troisième centre artistique, pai ordre d'importance, est Trévise, l'ancienne capitale de la Marche. Sur ce sol, les tours brunes ([ui se dressent çà et là au milieu

de riantes campagnes, éveillent le souvenir de familles féodales étrangères, parmi lesquelles la plus ancienne et la plus illustre est celle des (".ollalto. CoUalto et Brandebourg ont une commune origine, même blason, même légendes. Lorsque l'élément national triompha de la féodalité, le culte du talent, de l'art, de la beauté, de toutes les élégances valut à cette région

..... elle siede intra Rialto E le fontane di Brenta e di Piava,

l'épithéte de Marca gioiosa e amorosa.

Cette période chevaleresque, qui comprend le XIII et le XIV'' siècle, a laissé à Trévise de précieux monuments artistiques, tels que les lambris du Salone où se réunissait le Parlement de la Marche (on y voit des peintures représentant des bestiaires, des aventures de chasse et des tournois avec des monstres) ; la Loggia dei (lavalieri, ornée toute entière de scènes chevaleresques, de couples amoureux, de personnages grotesques ; le Chapitre des Pères prêcheurs de San Nicolô, ou l'on voit quarante portraits des généraux de l'ordre, peints à fres({ue en -1352, par Tomaso da Modena.

Parmi les autres peintres du XIV' siècle appartenant aux autres villes du territoire de Venise qui ont laissé des fresques à Cividale, Venzon, Gemona, Pieve di Cadore, on cite Nicolô de Gemona, Simon de Cusighe, originaire d' un village voisin de Bellune, l'ernardo de Bellune.

Pendant ce temps, à Venise, la peinture toujours enfermée dans les vieilles traditions, cherchait à se rajeunir en empruntant des éléments nouveaux. Vers la fin du XIV'= et au début du XV" siècle, cet art ne pouvait soutenir la comparaison ni avec l'architecture, qui exprimait avec ses formes élégantes et joyeuses la gloire et la puissance de la Répubhque, ni avec la sculpture qui trouvait à Venise même d'heureux imitateurs du style large et gi^andiose de Nicolas et d'André Pisano. Il suffit de voir les statues des frères Délie Masegne à St-Marc, exécutées

LES OlilGINES

en 130i pour se rendre compte de l'avance qu'avuil ;doi-.s l'art de la sculpture; ces œuvres sont antérieures de trente huit ans au premier tableau de l'école vénitienne de grandes dimensions qui ait de l'importance, le CoiironHement de la Vierge de Jacobello de Flor; encore l'auteur ne réussit- il pas à s'afîranchir entièrement de la sécheresse byzantine. (\e tableau fut peint en 1432, sur la commande d'Antonio (lorrer, évêque de (leneda. Il n'y a pas longtemps, il fut transporté de la sacristie de la cathédrale de ( <eneda dans les Galeries de l'Académie des Beaux Arts à Venise. On peut citer comme contemporains Donato Bragadin, dit le Veneziano, Jacobello dalla ( '.hiesa, Moranzone et fia Antonio da Negroponte;

c'est à ce dernier que l'on doit la remarquable Madone de San Francesco délia Vigna. ^^^

Au milieu de ces timides essais d'innovation, l'art bvzantiii

Trévisc. Chaiiitre de San Niccolô Le BiEMiKLHEUX Jean de Vicence — Toniinaso da .Modoua.

(1) Cavalcaselle et Crowe. lUstory of Painting in Xortli Italij, vol. I. chap. I, London, 1871.

LA PEIÎsTURE VÉNITIENNE

allait s'éteignant paisiblement dans l'ombre de la dévotion sous les voûtes de Saint-Marc; de nouvelles conceptions, des formes nouvelles se développaient dans un élan timide encore d'expansion juvénile. Vers le milieu du XV' siècle, dans la chapelle de la

Vouiso. Acadéiiiie Royale — Le Gourûnne.men r he la Viekge — JacoboUo de Flor.

Madone dei Mascoli, à Saint-Marc, entre les saints du calendrier grec pleins de raideur, on voit paraître les mosaïques de Michèle Giambono; cet artiste, ayant à représenter des scènes de la vie de la Vierge, reproduit avec une vérité pleine de vie les magniiiques édifices, les mobiliers luxueux des intérieurs, les personnages aux riches vêtements de couleurs variées qu'il voyait autour de lui. On dirait que l'art éprouve un joyeux frémissement à se dégager du long sommeil qui avait pesé sur lui.

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