L ICO LE DE LEYDE
bon ton, pas [tins de deux ou I rois figures à la fois, pas de gestes, pas de sujet, rien pour la curiosité, beaucoup pour l'imagination (pour peu qu’on l’ait tournée ainsi), en voilà assez pour suffire aux investigations sans fin de ce grand peintre.
El toujours ce dessin mystérieux, insaisissable, partout présent et effacé, exact et évasif, qui ne se définit pas et qui définit tout, ce si vie impassible, délicieux, d’une imperceptible ironie qui expire sur le bord des choses et met tout son esprit dans son anonymat. La peinture vaut le dessin. Elle est d’un émail si léger, si dense et si limpide, si mince et si compact, si prodigieusement coloré avec peu de couleurs, que loul tableau de genre moderne, d’un Meissonier ou d'un Stevens. fait à côté l’effet d’une image , d’une chose sans profondeur, sans vie intérieure, qui s’aplatit et se découd. Ce mandarin si détaché, ce subtil amateur de vie, ce parfait spectateur qui a su comprendre deux époques, si dépourvu de partis pris, qui transforme si peu ce qu’il voit et se met encore moins en peine de le juger, est peut-être le modèle accompli du peintre de mœurs. Et son œuvre si singulièrement impersonnelle, si dénuée de pensée et d’éléments moraux, est cependant de celles dont le charme s’épuise le moins, tant elle conserve, dans b exactitude de la reproduction, la profondeur et disons le mot, le mystère de la réalité.
Les Leydois. Gérard Dou. — A Levde naturellement, l’influence de Rembrandt est beaucoup plus active. 11 y vécut toujours, jusqu'à l’âge de vingt-cinq ans. Il v était a vingt une gloire locale. C’est alors qu'il forma ses deux premiers élèves, Jan Lie-verts et Gérard Dou (1613-1675).
De son vivant, Gérard Dou a été, sans comparaison, le peintre le plus en vue et le plus « cher » du pavs. C’était le Meissonier du xvm siècle. Nous sommes bien revenus de cette admiration. L’incroyable fini des peintures de Gérard, la nacre des surfaces, l imitation futile et stupéfiante des riens, la minutie à perte de vue, tout cela nous ennuie. Nous ne voyons plus que les phobies d'un maniaque inoffensif. Sa vie se passa à se battre contre la poussière. Il en arrivait dans son atelier à peindre à l’abri d’une ombrelle. Il passait trois jours sur un petit morceau « grand comme l’ongle ». C’est le vertige du microscopique.
Il faut comprendre ce qu'une telle déférence pour la réalité avait à sa date de charme et d’originalité. Sans doute, l imitation pour l imitation nous paraît maintenant un pauvre objet de l'art. Nous possédons des instruments qui s’en acquittent mieux que nous. Mais, ces procédés