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LES PETITS MAITRES

L’école de Haarlem. Adrien van Ostade, Terborch. — C’est à Haarlem, sur le terrain même de Frans Hais, qu’il est curieux d’observer les empiétements de Rembrandt.

Malgré Hais, malgré tout ce qu’on a dit de P armistice de 1609 et de la naissance consécutive de l’école hollandaise, la situation pittoresque, vers 1625, était loin de se dessiner dans un sens national. Le grand élève de Hais est Adrien Brauwer, le créateur du « genre » flamand. Les premières oeuvres d’Adrien van Ostade (1610-1685) n’annoncent qu’une doublure de Brauwer.

C’est sur ces entrefaites que van Ostade eut connaissance d’une eau-forte représentant ¥ Annonciation aux bergers, et la reproduisit dans un tableau de Brunswig. Le dessin était de Rembrandt. Dès lors, sa voie était trouvée. Les chefs-d’œuvre d’Ostade au Louvre, Y Intérieur de Chaumière (1642) et le Maître d’Ecole, seraient de même inexplicables sans la Famille du Menuisier. Ces bonshommes d’Ostade ont beau n’être que des fantoches, il y a le rayon, la llamme d'un œil qui voit beau. La critique, le persillage se noient dans la profondeur éclairée. Tout, les ustensiles, les charpentes, s’illumine et se dore. Une chaleur inconnue se répand et se dégage. Tel est le miracle de Rembrandt. Il a communiqué aux autres sa « folie de bonté », et ce que le poète appelle « le lait de la tendresse humaine ».

Autre trait hollandais. Le tableau de van Ostade est en général moins peuplé que le flamand. Moins de bruit, de noces, de kermesses, de ces actions collectives où l’individu ne compte plus. Le « genre » tend au portrait. Chaque figure, chaque métier, devenant une chose rare par le sentiment qu’on y met, vaut la peine d’être considéré à part, à loisir, dans son intimité. De là ces innombrables petits sujets de caractères, ces demi-

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figurines de quelques pouces carrés, souvent placées à la fenêtre, à la façon de Gérard Don. Voici le Vielleux, le Rémouleur, le Savetier, le Col-

Cliché Alinari.

Van Ostade. — Le maître d’école. (Musée du Louvre.)

porteur, le Cordier, le Tisserand, le Boulanger, cornant au pain qui sort du four; puis le Tabellion, l’ Avocat , Y Empirique et Y Arracheur de dents, le Liseur, le Fumeur, le Buveur et le Mangeur de harengs saurs : toute la

l’école de haarlem

revue populaire des occupations, toute la société défilant dans le cadre d’une lucarne. Ces panneaux d’un affectueux « humour » appelaient l’eau-

Terborch. — Le concert. (Musée de Berlin.)

forte el l'album. Publiées vers 1730 parle huguenot Bernard Picard, les planches de van Ostade eurent leur action sur Chardin et Boucher.

(ilIHAKD TERBORCH

Mais le grand personnage du groupe est Gérard Terborch, de Deventer (1617-1681). C’est, à la vérité, un esprit fort indépendant, d’équilibre et de tenue à faire figure partout et à se suffire à soi-même. Grand voyageur, grand curieux, ayant de dix-huit à trente ans parcouru l’Angleterre, la France, l’Italie, suivi eu amateur le congrès de Münster, poussé une pointe jusqu’à Madrid, il revient de ces excursions enrichi d’expérience, mais sans avoir perdu la tète une minute. 11 se trouve, avec une absence apparente d’effort, et une désespérante égalité de réussite, capable d’une grande scène historique à cinquante personnages (le Congrès de Münster, Londres), et de l'intimité de la Leçon de lecture (Louvre) . LTn homme qui peint le plein air aussi bien que les intérieurs, dessine les chevaux aussi bien que les gens, qui exprime plutôt le calme, mais traite aussi sûrement un drame comme la Rixe, qui sait tirer parti d’un costume comme Hais, froisse un satin comme van Dyck, et qui a consulté Velâzquez et Rembrandt, sans qu on soit tenté de le mettre à la suite de personne, — un tel homme est ce qui s’appelle un esprit distingué.

Ce flegme promettait un observateur merveilleux. Ici Terborch est sans rival. Moins « artiste » que Venneer, moins « peintre » que de Ilooch, il nous renseigne mieux qu’eux sur le train de son siècle. De dix ou quinze ans leur aîné, il a eu le temps d’assister à une évolution des mœurs, que ses cadets n’ont vue que tout à fait accomplie. 11 tient encore un peu à la génération de la guerre, à ce monde plus libre, moins rassis, plus en l’air, où l’on vit au bruit du canon, et où le militaire détient les premiers rôles. La grande aftaire de Mars est, comme toujours, Vénus. Terborch est l'historiographe de ses bonnes fortunes. Vous connaissez au Louvre ce personnage trapu, patlu, en basanes de cheval et bottes à entonnoir, en justaucorps de buffle, poudreux, hirsute, gras, suant, la chemise bouffante entre sa culotte qui bâille et sa demicuirasse, ce Falstaff grisonnant qui fait les yeux doux à une femme, en lui tendant sa paume sensuelle où il y a de l oi"? Vous connaissez également ce jeune officier d’Amsterdam, familièrement assis dans la chambre de deux jeunes dames dont l’une baisse les yeux dans son verre, et qui donne à la seconde, qui l’écoute debout et sans trop d’embarras, ce que le graveur Wille appelle par euphémisme un A vis paternel". ? Impossible d’entrer plus particulièrement dans la complexion de deux individus, plus minutieusement dans leur manière d’être, et de rapporter sur chacun d’eux un total d’observations qui égale plus complètement l'impression de la vie.

GÉRARD T ER lîO UC H

Plus tard, la société se range, le soldat cède au professeur, au maître de musique et de belles manières. Les femmes, leur toilette, leurs passe-

Cliché Alinavi.

Terboreh. — Le galant militaire. (Musée du Louvre.)

temps à l’intérieur, une existence tournant autour de deux ou trois motifs, le concert, la collation, le billet écrit ou reçu, une oisiveté de

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