LES PEINTRES D ARCHITECTURE
nuel de Witte (1607-1692), un des plus accomplis dessinateurs de son pays, un virtuose du clair-obscur, et dont les sombres Cathédrales (La Haye, Berlin, Brunswig, etc.), avec leurs files de piliers, leur éclairage mystérieux, ont tant de noblesse invitante et de grandeur monumentale.
Plus tard, ce sont les frères Berckheyde, Job, qui fait les intérieurs, et Gerrit, qui traite plus volontiers ce qu’on pourrait appeler le paysage urbain. Mais Jan van der Heyden (1637-1712) lui est bien supérieur. On pourrait s’étonner qu’en cel art d’exprimer le décor de la vie, la peinture d’intérieurs ait précédé celle des dehors. En ce sens, Van der Heyden est un véritable inventeur. Il complète sur un point important l’historiographie de son pays. Longtemps avant Guardi, avant Canaletto, il fait aussi bien qu'eux ce qu’ils firent seulement sur des thèmes plus illustres.
La vie en plein air. Wouwerman, Albert Cuyp (1620-1691). — Tandis que le paysage pur poursuit son évolution, le paysage anecdotique, qui l’avait précédé, ne cesse pas d’être en faveur. A côté de la forme simple et supérieure de Ruysdaël, la forme-mère, plus complexe, moitié paysage, moitié « genre », subsiste et continue sa marche indépendante.
Dans ce genre abordable, tempéré et un peu hybride, qu’on pourrait définir le « paysage animé », on rencontre plusieurs petits maîtres aimables et un vrai maître, Cuyp.
Philips Wourwerman (1619-1668), Isaak van Ostade, le frère d’Adrien (1621-1649), tous deux de Haarlem, sont fameux. Ce sont des esprits ingénieux, fertiles et déliés. Nul ne s’entend mieux que Wouwerman à rendre la nature amusante. Et dans ce genre à pétarades et à mousqueterie, dans ces « fantasias » du xvne siècle, parmi les Cerquozzi, les Falcone, les Bourguignon, nul n’est encore plus agréable que Wouwerman.
D’ailleurs, il a tout vu, tout dit, et traité tous les genres. Pourvu qu'il y ait de l’air, du bruit, du mouvement surtout, et des chevaux, blancs de préférence, Wouwerman est à son affaire. Il est le nouvelliste intarissable de la vie en plein air.
Isaac Ostade est plus roux, plus fébrile et moins fort. Chez lui aussi, le cheval blanc de Wouwerman joue un rôle important. C’est le poète du voyage, du « coup de l’étrier» (rappelez-vous le joli couplet de Fantasio !).
Mais ces gentils esprits sont-ils des esprits bien originaux? Leur œuvre laisse-t-elle, après le plaisir de la voir, une impression bien personnelle? Ce sont des questions qu’on ne se pose plus devant celle d’Albert Cuyp (1620-1691).