‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 145 sur 391 · PAUL POTIER · texte numérisé non relu

PAUL POTIER

paysage. Après les doelen-stukken de Hais et de Rembrandt, ce qu'il y a de plus populaire et de plus national, c’est le Taureau de Paul Potter (La Haye, 1647).

L’auteur de ce morceau fameux n’avait pas vinçt-trois ans. Il mourait à vingt-neuf, laissant un genre nouveau et un nom immortel.

Paul Potter incarne une vertu. Au fond, toute son oeuvre m'est que l’histoire d'un merveilleux apprentissage. Sa vie est un conseil, un exemple de conscience.

Il débuta par des eaux-fortes. A dix-huit ans, il signe deux études exquises. L’étude, c’est le génie de Potter. C’est un dessinateur , un mesureur de première force. Ce qu’Ingres appelait la probité de l'art, mieux encore, le dessin d’Holbein, l’observation violente et acérée de Y Erasme, et qui n’en vaut pas moins pour être appliquée au monde animal, à la structure d’un porc, au pelage d’un courtaud, voilà le mérite intrinsèque et l’immense intérêt de tout tableau de Paul Potter.

Et c’est toute la signification de ce prodigieux Taureau. Une étude, une gigantesque et ridicule étude, un portrait d’animal à l’échelle de nature, sans aucun souci d’artifice ni d’effet, sans autre but que de s’expliquer le dessin d’une bête et d’en avoir une bonne fois le cœur net L’œuvre, en tant que tableau, est absurde. Mais une conviction puissante se dégage de cette page sans art : c’est que l'art est d’abord une forme de la connaissance. Vérifier des muscles sous la peau, débrouiller des touffes de poil, déchiffrer la charpente sous le cuir et la chair, discerner la trace des mouvements dans les plis de la robe, lire dans ce texte vivant 1’ « histoire naturelle » d’un être, distinguer ce qui est de l’espèce et ce qui est de l’individu, et le dire dans des proportions qui ne souffrent pas l’à peu près : voilà ce que se proposait fauteur de cette « monographie ». On sent qu'après une telle enquête, le peintre savait de son sujet ce qu'il en voulait savoir. Personne, depuis Gastagno, n’avait demandé à l’art la satisfaction d’un besoin plus abstrait et d’une curiosité plus naïvement savante.

On peut en dire autant de la Vache qui se mire (La Haye, 1648), d 'Orphée charmant les animaux (Amsterdam, 1650), de la Prairie du Louvre (1652).

Ce qui manque le plus à ces œuvres passionnément intellectuelles, c’est la vie. Mais à force de conscience et d’ingénuité, Potter réparait ses lacunes. Peu à peu, de page en page, de problème en problème, l’artiste se dégage du savant, le peintre du graveur; enfin il arrivait à

Page 1