LES FLEURS ET LA NATURE MORTE
peut-être plus doué que Paul Potter, ne semble plus, comme son aîné le mariniste, qu’un talent secondaire.
Il est assez curieux que ce qui se trouverait en Hollande de plus généralement fastueux et magnifique, est ce qui nous semble mériter le moins d’attention. L’importance des formats est à peu près en raison inverse de celle des idées. Le plus superbe décorateur de toute la Hollande est peut-être Melchior d’Hondekœter (1636-1695), qui de sa vie n’a guère peint que des oiseaux, des basses-cours et des coins de parcs, avec des balustrades, des paons, des perroquets, des faisans et des coqs, et qui s’entendait comme personne à ébourriffer un plumage, à déployer une aile, à faire pavaner une queue, et à composer avec cette volaille quelque chose de mirifique. Le nom de son cousin Jan Weenix (1640-1719) est inséparable de l’image plus modeste d’un lièvre suspendu par les pattes, entre un carnier et deux perdreaux.
Et il y a la légion des peintres de « déjeuners ». Abraham van Beijeren (1620-1675) nous sert sans se lasser ses couverts, ses fruits, ses assiettes d’huîtres, son citron, son verre à cabochons, ses langoustes, le tout merveilleux de peinture, d’un travail ample, gras, mat et somptueux dans les teintes grises ; Willem Kalf (1622-1693) est un spécialiste de la batterie de cuisine, un fourbisseur infatigable de poêlons et de cuivres ; Jacob Gillig (1636-1701) n’est jamais las de ses maquereaux et de ses sardines. Et chacun, dans son genre, est un délicieux ouvrier.
Après ces petits fournisseurs de trophées de salle à manger, prennent rang ceux du « cabinet » ou du salon. Ce sont naturellement, dans ce pays de la tulipe, les peintres de fleurs et de bouquets : l’illustre Jan Davidsz de Heem (1606-1683), continué par son fils, Cornelis de Heem (1631-1695) ; la célèbre Rachel Ruysch (1664-1750,) et le fameux Jan van Huysum (1683-1749). H y a des harmonistes et des décorateurs, il y a des botanistes et des herboristes à outrance; quelques-uns. vont jusqu’à se noyer dans les calices de leurs fleurs, à imiter le grain du pollen, à détailler chaque pistil, à peindre une mouche sur une pétale, une fourmi sur un pédoncule, de telle sorte que les curieux puissent l’étudier à la loupe. Il ne faut pas trop sourire de ces doux maniaques; c’était l’âme de la Hollande qui achevait de s’en aller par ces aimables bagatelles.