‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 150 sur 391 · LES CRITIQUES DE REMBRANDT · texte numérisé non relu

LES CRITIQUES DE REMBRANDT

Comme il arrive souvent, la République, tout en faisant belle défense les armes à la main, se rendait en esprit au génie du vainqueur. Elle était éblouie par la culture française. La gloire de Poussin grandissait de tout le prestige de Louis XIV. Le peintre venait de mourir en 1666. Dans l’année même, débarquait de Liège à Amsterdam sa caricature et

Cliché Bruckmann.

Cornelis Troost. — La demande en mariage. Scène d’une comédie hollandaise contemporaine. (Pastel. Musée de La Haye.)

son séide, le creux et vain Gérard de Lairesse. Ce type du rhéteur, tout formules des pieds à la tête, fit une profonde impression. Féru des gravures de Poussin, ce fanfaron s’improvisa le champion du style. Fi de Hais, qui cherchait la beauté « parmi les harengères » ! Foin de Rembrandt, cet « œil de hibou », ce « chouan » de la palette, qui peignait avec de la « houe », et dont les Vénus portent aux genoux des traces de jarretières ! Voilà ce qu’enseignait Lairesse, ce qu’on lit dans la Deutsche Akadernie de Sandrart (1675), dans les ïambes de Pels (1687). Partout sonne

CORNELIS TROOST

l'iiallali dés hommes de 1630. En 1684, Lairesse est adopté parla maison d'Orange. La partie est gagnée : la Hollande se renie.

La grande génération s’éteint. Parmi les peintres plus récents, qui demeurent encore hollandais, c’est le mesquin et mièvre esprit de Gérard Dou qui règne en se glaçant Le goût, du joli, du gracieu: , du poli remplace le goût du vrai. La convention étiole déjà Samuel Hoogstraten (1627-1678). L’anémie est d’un degré plus avancée encore chez Mieris (1635-1681), chez Netseher (1639-1684), imagiers renchéris, nacrés et chlorotiques, à qui manque la force de regarder avec leurs yeux. Slingelandt (1640-1691) s’hypnotise dans une espèce de fade miniature sur porcelaine. Shalken (1643-1706) ne connaît qu’un effet comme stéréotypé : une chandelle rougeâtre modelant sur fond noir un ovale féminin. Peut-être subsiste-t-il chez Brakenburgh (1650-1702), Verkolje (1650- 1693) et surtout chez Dusart (1660-1704) une vivace et populaire étincelle de van Ostade; mais le sentiment s’avilit.

Les grands peintres avaient eu l'existence assez dure. Tous vivent plus ou moins en bohèmes, à l’écart de la société. Les nouveaux venus sont des élégants et des mondains. Netseher passe pour avoir vu Saint- Germain et Versailles, et peint Mme de Montespan (Dresde, 1670); Eglon van der Neer (1643-1703) devient le peintre en titre des princes de Pfalz à Düsseldorf ; Adrien van der Werff (1659-1722) signe : le chevalier van der Werlf.

Celui-là est le « linéaire » et le bon mythologue, le peintre des gens bien élevés, l’auteur de Vénus et l'amour , de Diane et Callisto, du Jugement de Paris, l’Albane hollandais (trente tableaux à Munich, treize à Dresde, sept au Louvre), dont la production est vendue d’avance à l'Allemagne, l’homme aux nudités hlaireautées et aux grâces lourdaudes, d’un idéalisme à la fois lessivé et sensuel, sans type : — - du Poussin pour Teutons! Et on ne voit guère de pire que le deuxième Mieris, Willem Mieris (1662-1747), un van der Werff encore plus sec et plus kaoliné.

Désormais, tout est dit. Cornelis Troost (1697-1750) n’est plus qu’un amusant imitateur de Pater et de Lancret. La dernière Leçon d’anatomie (par Troost, Amsterdam), un tableau à perruques et habits gris à a française, est de 1724. Le dernier tableau de régents (par Decker, à La Haye) est de 1737. Les derniers « fleuristes », van Huysum et Rachcl Ruysch, s’éteignent presque ensemble dix ou douze ans plus tard. En 1750, il ne reste plus rien de l’école hollandaise.

Page 1