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GRECO ET L’IMPRESSIONNISME

L’influence de Greco. — Greco n’a pas formé d’élèves; le dur Mayno (1569-1649), le sec Tristan (1586-1640), ne comptent pas.

Et pourtant, en un sens, cet artiste incomplet pose le but suprême. C’est à quelques égards le précurseur de Velâzquez. Celui-ci admire chez Greco le premier manifeste de 1’ « impressionnisme ». Celte faculté de comprendre un sujet, une scène entière, comme un « tout » enveloppé dans une aperception subite, vivante et indécomposable, c’était la base d’une esthétique, le principe de l’art moderne par excellence. Sans doute, Greco procède surtout par soubresauts, par éruptions anarchiques de la sensibilité. Mais, dans ses pires excès, Velâzquez distingua une merveilleuse discipline : l’austérité du style, la réduction à l’unité, à la simplicité de la vision instantanée. Du fait de l’ébranlement nerveux, naît en effet ce mode fulgurant de composition, cette géométrie enflammée, saisissante d’arabesque, qui s’empare des sens en coup de fouet. Du même choc nerveux, naît aussi cette couleur d’un timbre si spécial, aux blancs de cendre, aux noirs déteints, où tous les autres éléments n’entrent plus qu’à l’état de solutions altérées, de lilas, de lies-de-vin, de roses décolorés, de vapeurs violâtres, de verts étrangement moisis : gamme étonnamment souple, sensible, précieuse, œuvre (souvent morbide) d'un des plus raffinés harmonistes du monde. A travers mille incohérences et des barbouillages sans nom, ce peintre épileptique avait fait l'œuvre essentielle, il avait bien créé l’école des sensations.

Que lui manque-t-il cependant pour être le maître national? 11 lui manque le respect et l'amour de la vie. 11 n'a cherché dans l’art que la satisfaction de son idéal personnel, l’expression passionnée de son individu. Chose curieuse ! Ce qui manque à cet art de sensations, c’est la substance, la matière de la sensation ; c’est la réalité extérieure et objective. Faire rentrer la réalité dans la perception, telle était la première étape ; c’est celle des grands naturalistes. La seconde consistera à opérer sur cette matière, comme Greco faisait sur ses « états », et à spiritualiser la « perception » en « impression » : ce sera l’œuvre de Velâzquez.

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