I- INFLUENCE DE ZURBARAN
du comte cl’Orgaz et les Lances. Dans la Vision de saint Pierre Nolasque, le réalisme confine à f hallucination. Le choc est si violent, qu’il laisse une impression d’accablement et de courbature.
Et, à force de naïveté, le petit paysan de Fuente de Cantos est encore le plus vrai poète de la peinture espagnole. Il est poète, par l’exquise valeur des colorations, et par la familiarité charmante du motif, dans ce Miracle de saint Hugues (Séville), qui rappelle les plus jolies pages de la Légende dorée. Il l’est dans ces portraits de moines, chartreux ou pères de la Merci Acad. S. Fernando), images pures et sculpturales de vies claustrales et blanches, passées aux pieds des saints autels. H l’est dans ces figures de saintes, Inès. Gasibla, Eulalie (Séville, Madrid, Strasbourg, Montpellier, etc. , beautés patriciennes, hautaines et pincées, princesses et Précieuses de la cour du Paradis, qui passent, en robes d’infantes, coquettes et énigmatiques, comme des héroïnes de Rojas et de Calderon. Toute la religion nationale, sans les atrocités de Ribera, et avant les fadeurs sentimentales de Murillo, s'exhale chez ce maître encore trop peu connu. Et* trait le plus original de la race, 1 ascétisme, le dédain des choses terrestres, un vif sentiment du néant, joint au goût du réel et à l’absence complète d’imagination créatrice, c’est, en un sens, tout le problème de la peinture espagnole : et voilà pourquoi on a pu dire de Zurbaran qu'il est « toute l'Espagne ».
Résumé. — On a le droit de négliger les élèves de Zurbaran, Barnabé de Ayala ou les frères Polancos.
Dans ces quarante-cinq ans, qui s’étendent des Funérailles du comte d'Orgaz (1584) à la Vision de saint Pierre Nolasque 1629) ou au Martyre de saint Barthélemy (1630), l école espagnole a achevé de se constituer. De riiyper-lvrisme de Greco, elle est revenue patiemment vers le naturalisme. On ne sera jamais plus « Espagnol » que Zurbaran. Et. jusqu’à cette date d’environ 1630, Velâzquez, dans sa période d apprentissage, n’est guère qu’un Ribera ou un Zurbaran supérieurs : on s’en aperçoit à la difficulté d’attribution de certains ouvrages ; on hésite entre les trois maîtres. Mais c’est ce qui demain deviendra impossible : à compter de cet instant, le génie de Velâzquez prend une insurpassable avance. Cet art, si lentement « nationalisé », restait à lui donner une valeur universelle. C’est ce que va faire Velâzquez, en combinant avec le naturalisme indigène, fi « impressionnisme » <le Greco.