‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 176 sur 391 · VELAZQUEZ EN ITALIE · texte numérisé non relu

VELAZQUEZ EN ITALIE

a fait encore dans toute sa vie ; et surtout, laissant Velâzquez agité de pressentiments et de curiosités nouvelles, impatient de changer d’air et jaloux d’être un maître. En octobre 1629, il part pour l’Italie. 11 étudie à Venise, passe une année à Rome et revient par Naples, au bout de deux ans, rapportant de son voyage ce qui est pour toute âme bien née le fruit du contact avec l’antiquité el la Renaissance vues chez elles : l’idée ou la notion de 1' « art ».

C’est ce qui manquait le plus à l’école espagnole. L’art n'y est jamais qu’un moyen, non une « lin » ; il y est toujours au service de quelque chose, parlant diminué de la plus large part de son initiative. Voilà peutêtre en quoi Velâzquez, dès ses premières œuvres, s’écarte le plus fortement de ses contemporains. A quoi « servent » Y Aguador ou les bodegones ? Mais c’est ce <111 i devient évident à regarder les œuvres suivantes, laites à Madrid près de Rubens ou à Rome non loin du Guide : et, à l'intention générale de « représenter la vie », s'ajoute désormais celle de le faire avec beauté.

Il y a de grandes différences entre les œuvres dont je parle (les Borrachos ou les Buveurs, 1629 ; la Forge de Vulcain et la Tunique de Joseph , 1630), mais elles n'en forment pas moins un groupe inséparable. Ce sont les premières tentatives faites par un Espagnol pour exprimer la vie en toute liberté, sous la catégorie de l'art. Qu’on ne dise pas que les Borrachos , avec leur côté « peuple » et leur goût de terroir, n’ont rien à démêler avec l’esprit classique. Quoi de plus païen qu’une vendange? Et quoi de plus « bachique » que ce couronnement burlesque d’un goujat, au milieu de truands et de valets de ferme, par ce jeune gars blanc et nu, à l’air tille, au front ceint d’un diadème extravagant de pampres? 11 y a là une collection de trognes cuites et tannées, des rires blancs déchirant brusquement des faces dures, un musée de « Tune » conçu avec le dilettantisme d'un Manet ou d’un Zuloaga. Chaque tète est exécutée comme à t’emporte pièce, et s’incruste dans le tableauà la manière des mosaïques. Mais quels morceaux ! Et dans l’ensemble, quelle sourde et âcre sensualité ! Une pareille œuvre en Espagne était une révolution. C’était, dans ce pays de moines, le premier manifeste de l'indépendance de l’art.

Nulle part on 11e saisit mieux l'originalité de Velâzquez que dans ses rares tableaux pieux de cette époque. « Pieux » est presque une impropriété, tant la dévotion y paraît étrangère. Le Christ du Prado une merveille) est à cet égard on ne peut plus significatif. Et avec la même liberté, la même souveraine aisance, sans préparation comme sans trace d'effort.

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