‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 180 sur 391 · I,E BUEN-RETIRO · texte numérisé non relu

I,E BUEN-RETIRO

traits pris individuellement ne va pas sans nuire quelquefois à la cohésion de l’ensemble. Autrement dit, le talent du portraitiste, chez Velâzquez, est à la lois la hase et l'écueil de son art Des bodegones aux Ment nés, tout son progrès consiste à subordonner le détail. D’autre part, il n’a peint régulièrement que des portraits, et c’est ce qui en rend l’étude si précieuse pour son histoire.

Leur premier caractère, c’est que les modèles en sont presque toujours les mêmes. A ne prendre, par exemple, que la vingtaine de portraits qui nous restent de Philippe IV. depuis le buste en cuirasse d’argent et en écharpe rose datant de I62i, jusqu’au masque glacial des environs de 1660, on aurait déjà une galerie qui subirait à distinguer hauteur de tous les portraitistes. Comme monographie humaine, c’est unique. Joignez à ces portraits du roi, ceux de ses femmes, de ses frères, de sa sœur la reine de Hongrie, de ses tilles et de ses fils : c’est la vie entière d’une race ou d’une espèce sociale qui ressuscite devant nous, en même temps qu’on assiste aux changements parallèles de la manière de l’artiste, — si bien qu’on a devant soi l’amalgame de deux existences, celle du peintre et celle des modèles, et qu’au bout d’une heure passée dans leur société, on a 1 impression de les avoir connus vivants.

Par quels procédés est produite cette impression singulière ? Ce qui frappe d’abord, c’est leur simplicité. Tout autre art, auprès de celui-là, semble conventionnel. Il va sans dire que le costume, habit de ville ou de gala, semble décrit par un spécialiste. La couleur est la couleur vraie, sans mélange inutile d’ombre et de clair-obscur. Les ressemblances sont cruelles. Le Pape se sentira gêné devant la sienne. Devant ce dédain d’embellir, de pallier ou de surfaire, on arrive à ne plus trouver partout ailleurs que charlatanisme indiscret et parade vulgaire.

Mais tous ces mérites éminents de vérité, de caractère et de sobriété ne sont que le fonds excellent du génie de Velâzquez. 11 lui reste à créer sa langue personnelle.

En 1633, Olivarès lit don au roi d’un pavillon de chasse aux portes de Madrid, le Buen-Retiro. Velâzquez fut chargé de l’orner, il venait d’entreprendre pour un cadre analogue, à la Torre de la Parada, le triple portrait du roi, du cardinal-infant et de Don Balthazar Carlos âgé de six ans, tous trois en costume de chasse, avec leurs fusils et leurs chiens. C’était une chose sans précédent : décorer avec des portraits, et, étant données trois figures, en trois tableaux, à pied, en habits incolores, d’un ton de bistre ou de chamois, sans geste, — produire avec cela une impres-

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