LE PLAFOND DF GESU
de la profondeur infinie sous les espèces qu’il lui prèle. Ce sont les procédés de la peinture de décors.
L’art d’improviser en raccourcis perpendiculaires eut dès lors ses spécialistes, entièrement désintéressés de tout ce qui n’est pas cet art. 11 était du reste aussi propre aux sujets profanes qu’aux autres : pourquoi pas? Rarement ce vice national qui s’appelle I « indifférence au contenu », le formalisme, l’art pour l’art, fut porté aussi loin que dans le plafond, si brillant, et vraiment magnifique, de la galerie Barberini, par le Toscan Piètre de Corinne (1596-1669), ce vrai Berniu de la peinture. Son style fil fureur. Ce fut celui de Romanelli (1611-1662), qui l’importa en France (galerie des antiques au Louvre, et palais Mazarin), de Lauri, de Cirro Ferri. Mais les grands plafonneras sont ceux de la fin du siècle. Ce sont le Génois .L-B. Gaulli (1639-1709), et un jésuite natif de Trente, le 1*. André Pozzo (1642-1709). La voûte du Gesù, à Rome, par Gaulli, esl une date (1667 à 1682). Dans cette page colossale, qui embrasserait deux fois la surface de la Sixtine (« La place N avoue et son peuple à soixante pieds en l’air »), l’artiste a pris à tâche de nous persuader que les groupes d’anges rebelles vont positivement nous crouler sur la tête. Le P. Pozzo, architecte, consomma le progrès en créant, avec une intrépidité de géomètre maniant ses « imaginaires », un nouvel espace pour théâtre de ces fantasmagories. Il dota la peinture d'une quatrième dimension, et trouva le moyen de la rendre mesurable. En soudant, avec une science profonde, des étages d’architecture feinte aux membres de 1 architecture réelle, il crée une première illusion qui déplace, pour ainsi dire, la limite de la vraisemblance, et dispose l’esprit à admettre tous les mirages. Et puis, essayez donc une critique sérieuse ! On ne peut regarder dix secondes sans se rompre le cou. Et le fait est que, pour un public de coquettes et de sigisbés, distraits, mondains et nonchalants, le Triomphe de sain ! Ignace (Rome), avec ses portiques fastueux, ses corniches ronflantes, son peuple de spectateurs penchés aux balustrades et son vertigineux départ dans un empyrée de vapeurs, devait sembler une expression irréprochable de 1 infini.