‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 18 sur 391 · I.A PEINTURE DECORATIVE · texte numérisé non relu

I.A PEINTURE DECORATIVE

Le maître en ce sens est le Guide. Sa grande Pietà (Bologne) emprunte une certaine noblesse à la composition architectonique. Mais comme dans l’extase le mouvement est nul, on arrive à se contenter d'une figure isolée, puis de la demi-figure; et enfin la tête seule est jugée assez expressive. Le Guide a multiplié les exemples de ces trois formules. A sa suite, il se constitua de véritables ateliers pour la fabrication des demi-figures inspirées. Quel peintre de ce temps n'a sur la conscience quelqu’un de ces Ecce honio, Mater dolorosa, Sibylles, Prophètes, Madeleine, Judith, etc. (C’est tout un, l’expression est toujours la même)? Deux ou trois cependant s’en firent une spécialité. Sassoferrato (1603- 1685) est l’ auteur d'un tableau consciencieux et inexplicablement célèbre, la Madone au rosaire (Rome, Sainte-Sabine) . Mais personne n’égala la gloire de Carlo Dolci (1616-1686) et de son talent douceâtre, fluet et minaudier. Ces artistes ont créé l’imagerie de Saint-Sulpice.

Mais il est surtout un endroit où la peinture d’une « gloire » devient en quelque sorte obligée, et où se donnent rendez-vous, en grand, toutes les extravagances : c’est le plafond ou la coupole des églises. Ici encore, comme pour tant d’autres directions de leur art, c’est de Corrège que les Bolonais prirent le mot. Les deux grandes coupoles de Parme sont la Bible du xviie siècle. La faculté de représenter la figure planante, vue dal sotto in sù, dans une liberté aérienne de mouvement et d’attitudes, parut le nec plus ultra de la science plastique, et l’expression suprême de la béatitude. Que cette félicité se traduisît en somme par une excitation des membres inférieurs, par de grands battements et tourbillons de jambes (« Le beau plat de grenouilles ! » disait un voyageur français devant V Assomption de Corrège), ce n’était pas de quoi arrêter un Italien, du moment qu’il y allait d’une question de virtuosité. Ce système d’apothéoses est d’ailleurs un point de vue réaliste : c’est le matérialisme appliqué au surnaturel; il s’agit de convaincre les sens que le ciel s’ouvre, et que le regard plonge au sein même du divin. C’est le Paradis en trompe-l’œil.

Le principe, manié par un homme de goût, pouvait encore avoir quelques résultats heureux. Les Quatre Evangélistes peints par Dominiquin (vers 1623) aux pendentifs de la coupole de Saint-André délia Valle, soûl vraiment une des œuvres les plus élégantes de l’époque. Mais la coupole elle-même, le « chef-d’œuvre » de Lanfranco (1580-1647 ; la coupole esl de 1625), montre avec impudence qu’à l’exclusion de tout sentiment et de toute beauté, l’auteur s’est proposé de nous faire croire à l’existence

Page 1