LES VIERGES DE MURILLO
inulgué pour l’Espagne. C'était l’année (le la naissance de Murillo. L'artiste, dès le sein de sa mère, était prédestiné à être le peintre des Conceptions.
Et par là, Murillo, plus que n'importe qui, est le peintre national. Dans cette terre de l’amour, il est le plus amoureux des poètes de la femme. Celle dont tous rêvaient, celle qui enflammait les songes, celle qui était la Tentation, l’idole, l'idée fixe de toute une race, c’est elle qui apparaissait très pure sur les autels, toute grâce et toute innocence, objet de soupirs et d’hommages, adorable et permise. En elle se concilient, les choses inconciliables, chasteté, volupté, ivresse, innocence de l'amour. Cette soif d’émotions, à laquelle Ribera cherche un dérivatif et une issue sanglante, n’est au fond que le désir qui se donne le change, s’irrite et s’exaspère par le plaisir de la destruction. Murillo lui donnait son véritable sens, son libre épanouissement. Et avec quelle grâce, quel sentiment de la beauté! Dans cette singulière école, c’est dans la peinture d’église que se réfugie l’expression du charme féminin. Proscrite, par étiquette ou par scrupule religieux, de la peinture laïque, Eve prend sa revanche dans le tableau d’autel. Comparée aux Infantes de Velâzquez, avec leurs robes barbares, les féroces atours qui servent à cacher en elles et à dénaturer la femme; comparée même aux saintes romanesques de Zurharan, mondaines et mutines, si prudes et si froides, c’est la Vierge de Murillo qui est humaine : elle seule semble vraiment vivante et naturelle. C’est une jeune tille, presque une enfant, avec ses cheveux dénoués, ses hanches et ses épaules rondes, tous les charmes les plus extérieurs de son sexe. Elle porte la robe blanche, le manteau bleu flottant qui sont le costume spécial de son rôle d’ « immaculée ». Rarement la définition plastique d’un dogme fut plus hardie. Rien n’échappe davantage à toute traduction pittoresque, que la notion abstraite d’une créature exemple de la tare originelle. L'équivalent choisi fut le thème de l’Assomption. Le corps est représenté comme soustrait aux lois de la pesanteur et de la chute. L’instant de la Conception devient le plus haut degré du ravissement et de l’extase.
Dans la peinture de « visions », les Immaculées de Murillo tiennent une place à part. Elles en sont peut-être l’expression accomplie, la plus sincère, la plus lyrique. De la petite lunette du Louvre, datant de 1665, et où se v oient encore quelques têtes de spectateurs, au grand et merveilleux tableau de 1678, on connaît plus de quinze variantes du même motif, sans une répétition, sans un refroidissement, sans une page qui