MURILLO K T DON JUAN
sente l’ennui ou la redite machinale. Toujours il reste à Murillo de nouvelles ressources d’apothéose. Il ouvre ou referme les hras de la Vierge dans un geste d’étreinte ou de reconnaissance, croise ses belles mains sur sa gorge, les lui joint pour une prière, les presse l’une sur l’autre comme pour contenir un torrent de béatitude ; sa tète nage abandonnée et roule sur des flots de joie, ses genoux fléchissent, elle aspire le gouffre d’amour qui l’aspire. Des nuées d’anges lui font des guirlandes de leurs corps gras et roses, le vent du ciel soulève le bout de son manteau d’azur, les groupes se nouent et se dénouent, tournoient, ruissellent, montent dans des spirales de vapeurs. Nul, depuis Raphaël, n’avait su tirer d’une formule autant de magnifiques et immortelles épreuves. L’harmonie d’abord un peu fauve s’achève dans un bain d’or ; on est, par le sentiment, à la plus haute cime de la poésie espagnole. On comprendra celle peinture sensuelle et enthousiaste, passionnée et mystique, et l’espèce d’attrait qu’exerça une pareille création, en songeant que l’auteur fut choisi par don Miguel de Manara pour décorer sa fondation de l’hospice de la Caridad : Velâzquez a été le peintre de Philippe IV. Murillo est celui de « don Juan ».
La décadence : F. de Herrera, Valdès Leal, etc. — Sa vogue immense lui fit naturellement beaucoup d’élèves. La liste en serait longue et inutile à faire. Tous les couvents, tous les chapitres voulurent des Conceptions , des Extases, des Apparitions à la mode nouvelle. Une légion de copistes s’occupa de les satisfaire. F. Menesès Üsorio acheva le grand travail du maître chez les Mercédaires de Cadix. Sébastien Gomez est le « mulâtre de Murillo » comme Juan de Pareja est celui de Velâzquez. Pedro de la Villavicencio (1635-1700) a laissé, au Prado, un tableau de petits polissons jouant aux dés, où l'on retrouve le charme et l’esprit du Pouilleux.
Deux peintres cependant tentèrent de disputer à Murillo la première place. L’un est Francisco Herrera, dit le « jeune » (1622-1685), fils de celui dont j’ai parlé plus haut. Il tenait de son père son caractère insupportable, son emphase, son style ronflant, aggravé de la pire « manière » italienne. Il a donné sa mesure dans cette Apothéose de saint Herménefjilde , au Prado, où le chef wisigoth, en justaucorps rose framboise, pirouette dans l’azur avec des grâces de danseur de corde. C’était renchérir sur le charme lui-même de Murillo. Valdès Leal (1630-1691) crut plus sûr de jouer de la peur. Comme Crébillon le tragique, trouvant pris