LES FRERES LE NAIN
nés en 1588 et 1593, moururent à deux jours d’intervalle en 1048. Mathieu, le cadet, né [tins tard en 1007, mort en 1677, trente ans après ses frères, semble avoir eu peu de part à l’œuvre de la famille. Leur maître fut un « étranger », sans doute quelque Flamand ; mais Louis au moins a fait le voyage de Rome. Ils vivent à Paris dès 1629, célibataires, secrets, distants, en marge de l’art officiel, dans ce faubourg Saint-Germain et cette même rue Princesse qui sera la rue de Chardin.
L’œuvre des trois frères semble collective. Elle se compose de quelques portraits qu’on leur attribue çà et là, de rares tableaux religieux, et de tableaux de mœurs bourgeoises et plus souvent rustiques, qui ont fait leur réputation.
Ce sont des peintures sourdes et gauches, de ton sale, sans finesse de touche ni de dessin, mais surtout chagrines et sans vie. On devine des natures élevées et intéressantes, mais timides, maladroites, continuellement embarrassées par des difficultés d’exécution et de métier; des observateurs tristes, sensibles aux côtés mornes de l'existence, et pour qui tout se noie dans la même grisaille monotone. Quand on sort des drôleries de Brauwer et de deniers, et qu’on arrive aux Paysans de la salle La Gaze (1642 ou à la Forge de la salle Le Nain, on est frappé de leur sérieux. Rien n’est d’ailleurs plus loin de la douce bonhommie, de l’intimité hollandaises : ce sont des œuvres émues, mais contraintes et guindées, plus éloquentes qu’affectueuses, et moins faites de cœur que de tête et de volonté. Chaque figure, étudiée à part, est comme pétrifiée. L’expression de la mélancolie atteint l'hébètement et une sorte de stupeur.
Ces peintures un peu solennelles de la misère sociale ont quelque chose de littéraire, mais aussi une portée morale qui les rend bien françaises. On conçoit en revanche qu’elles avaient peu de chance de plaire. Elles sont d'un sentiment trop particulier pour sourire au public ; l’exécution maigre, hésitante, n’avait rien à apprendre aux peintres. Les Le Nain devaient donc rester des isolés. Comme notre grand Millet, auquel ils font penser, ils ne pouvaient laisser aucune postérité.
Les Romains. - — 11 y avait enfin à Rome un groupe important de Français qui commençait, aux environs de 1640, à faire parler de lui, et dont les nouvelles parvenaient de ce côté des Alpes. Je ne parle pas de cet écervelé de Valentin (1600-1632), un jeune fou, un des plus spirituels imitateurs de Caravage, qui se crut obligé de vivre comme son maître, et mourut d’un bain froid à la suite d'une débauche. Mais on se préoccu-