POUSSIN ET SON CERCLE
Nicolas Poussin 1594-1665). — Après s’ètre fait attendre deux ans, le « bien-aîné » se décida sur la fin de 1640 ; il arriva, s’entendit mal, vit qu’il perdait son temps, demanda son congé sous le premier prétexte, s’en retourna et ne revint plus.
Il marchait sur la cinquantaine, lors de cet inutile voyage. Ses débuts, comme toujours, sont assez mal connus II naît aux Andelys, le 15 juin 1594, d’un soldat en retraite et de la veuve d’un procureur. Un peintre nomade, Yarin, le mène à Paris vers 101:2. On le trouve à Rome en 1624. Mais ce n’est qu’en 1629 qu’il sort décidément de l’ombre et de la misère. Des maîtres du siècle, il est celui que nous saisissons le plus tard. Sa première œuvre conservée, le célèbre Ger manions Rome, pal. Barberini), est l’œuvre d’un peintre de trente-cinq ans.
Comment se sont formées ses idées'? De quels éléments se dégage son ingénieuse et forte personnalité? Son beau portrait du Louvre nous le montre en 1050, dans toute sa gloire, au sommet de ses expériences et de ses certitudes. Il est là, grisonnant, le manteau romain sur l’épaule, sa belle main de pulpe sensuelle posée sur la tranche d’un carton plein d’études, sa crinière grise encadrant fièrement son majestueux visage Les traits sont forts plutôt que lins. La tète est magnifique. Calme, un peu dédaigneuse, les lèvres sériées, le menton carré et volontaire, avec ses yeux voilés, un peu faibles, liserés de sang, elle se rejette en arrière, enveloppant de loin les choses, prenant son point de vue, son « prospect », suivant une de ses expressions familières, estimant les réalités, les pesant d’un regard qui juge et délibère, et qui compense la faiblesse de l’organe par la force de l'attention. On ne connaît pas de peintre plus intellectuel.
Mais ce premier trait n’est pas le seul. Ce grand esprit est un esprit