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LA VIE DE POUSSIN

passionné. Le cavalier Marin s’étonne de sa furia. Il y a du défi sur sa physionomie. Il avait, dit Félibien, la « mine résolue ». On sait son opposition et son indépendance à Rome, au milieu d’une école partagée entre les maniéristes et les naturalistes, le souverain mépris dont il accable Garavage, sa façon de tourner le dos à la fresque du Guide, à laquelle les copistes se collaient comme des mouches, pour étudier, en face, celle de Dominiquin. Partout, à Rome et à Paris, son attitude sera celle d'un honnête homme qui, au milieu de fripons, est en possession du vrai. Ingres même n’a pas été plus persuadé qu’en dehors de sa doctrine il n’y avait point de salut, et que toute espèce de réserve à ce sujet ne pouvait procéder que d’une noire envie.

Il en avait le droit. Il est clair que de son temps aucun artiste ne le valait, et n’égalait Poussin en dignité morale. Il n’y a dans sa vie aucun de ces coins douteux qui obscurcissent celle de Rembrandt. Il ne s’est jamais fait de son art, comme Rubens ou Velâzquez, un moyen ou un marchepied. Il en est le serviteur modeste et désintéressé. Il eût rougi de tirer un profit personnel de la considération que lui valait son idéal. Jamais il n’éleva ses prix. Avec sa femme, sa « bonne femme », la fille du cuisinier Rugi îet, qui l’avait secouru dans une heure de détresse, il vivait heureusement dans une frugalité antique. Personne n’a eu plus que lui le respect de son art. Et peut-être s’en est-il fait une idée un peu étroite, mais il n’v en a pas de plus pure. Il en a une conscience très haute et infiniment noble. 11 l’a aimé avec une susceptibilité inquiète et une sorte de scrupule, Il 1 ui a subordonné et consacré sa vie.

l)u jour oii un lot de gravures lui révèle l’existence de Jules Romain et de Raphaël, il n’hésite pas, il court, au prix de mille fatigues (il est resté deux fois en route), se placer dans les conditions qui sont celles delà production des chefs-d’œuvre : et dès lors, pendant quarante ans (moins les vingt et un mois de son voyage en France), il demeure fidèle à la Ville Eternelle. Le climat ne lui vaut rien. Les gens, sauf une élite, 11e lui inspirent que du dégoût. Mais, à côté de la Rome moderne, il y a les « antiques ! » Au milieu de ces ruines, de cette campagne sublimes, Poussin se sent au centre des choses, dans le plus beau lieu de l’univers. Quel cadre, pour y évoquer une « légende des siècles », que cette terre chargée d’histoire et d’immortels décombres ! Quel enchantement que ces solitudes! Quels fantômes s’élèvent de ces cendres! Poussin ramassant un peu de terre, mêlée de quelques miettes de marbre et de porphyre, et tendant à un étranger cette poussière auguste, en lui disant : « Prenez,

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