‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 224 sur 391 · CLAUDE LORRAIN · texte numérisé non relu

CLAUDE LORRAIN

ricien fut exagéré sans mesure aux dépens du poète, du songeur et du mélodiste, et cet exemple poussa l’école sur la voie du rationalisme et de la subtilité. L’imitation de l’antique, privée du sentiment exquis qu’en avait eu le maître, dégénéra bientôt en convention académique.

Pour résumer l’action de Poussin sur la peinture française, je dirai, si l’on me passe deux barbarismes, qu il I a « intellectualisée » et « aristocratisée. » Il est clair que son art est un art d’initiés. On ne peut nier que le culte de Poussin n'ait eu cet effet durable d’encourager le grand défaut de tout art « aristocratique », à savoir l’ignorance et le mépris de la vie.

Il n’en a pas moins établi victorieusement les litres de l école. 11 contribua ainsi à « nationaliser » la peinture française. Et enfin, peut-être sans lui, — mais seulement « peut-être », — nous n’aurions pas eu Claude Lorrain.

Claude Lorrain (1600-1682). — 11 s’appelait Claude Gellée. Il est né à Chamagne, près de Mirecourt, sur les bords de la Moselle d’Ausone. 11 étudie unau chez son frère à Fribourg. Ses maîtres à Naples et à Rome, l’ Allemand Wals et le Florentin Tassi, sont deux disciples d’Elsheimer. Après un wandeljahr en Tyrol, en Bavière, il est de retour à Rome en 1627 : il n’a pas mis le pied en France.

Sandrart l’a connu. Il le range dans sa Tentsche Akademie. Et en effet, Claude « le Lorrain » n’a jamais de sa vie passé pour un Français. A peine s'il en parlait la langue, un étrange patois farci d’italien, de latin. Son ignorance était extrême. Il ne signait même pas correctement son nom. La grande affaire de sa vie, lorsqu'il devint célèbre, ce fut de se défendre de la contrefaçon : c’est alors qu’il imagina (vers 1650) ce livre de candeur, le Livre de Vérité, où il prit l’habitude de tenir registre de ses ouvrages (G011 Devonshire). Il mourut fort âgé, le 21 novembre 1682.

Tout cela est d’une naïveté, disons-le, peu française. Et ses premières œuvres conservées, ses eaux-fortes, sont également des choses qui ne nous ressemblent pas. La Fête villageoise du Louvre (1639), avec la merveille de son Ilot d’or noyant les horizons et changeant la plaine en un lac de nébulosités ambrées, cette belle page elle-même a un accent du Nord qui fait songer plutôt à Bamboche qu’à Virgile.

C’est de la période suivante (de 1645 environ à 1665) que datent au contraire les grandes œuvres de Claude, les plus inoubliables et les plus populaires. Le cadre s'élargit, le style devient monumental. L ’architec-

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