‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 232 sur 391 · LA FONDATION DE L ACAD É SUE · texte numérisé non relu

LA FONDATION DE L ACAD É SUE

rentré, il fait le « May » de 1647, redouble en 1651. Ses dons étaient d'un peintre assez peu distingué. Mais on sentait en lui une force.

Cet homme, qui allait jouer pendant près de quarante ans un rôle si important dans l'école française, acharné travailleur, ambitieux, jaloux, n'est assurément pas un caractère sympathique. Mais on ne peut lui refuser la netteté des vues, le génie politique. Il comprit que la peinture, en France, était à réorganiser. L artiste vivait toujours sur le pied de l'artisan. Il était temps d’inaugurer quelque chose de plus libéral. Un groupe d artistes de la Cour s’entendit pour jeter les bases du système. Le Brun fut Famé du coup d’Etat. Il eut 1 art d'y intéresser le pouvoir. Par arrêt du Conseil, la déchéance de la maîtrise fut prononcée, et une nouvelle compagnie instituée, sous le titre d 'Académie royale de peinture et de sculpture (20-27 janvier 1648 .

Cette école — car l’Académie n était pas autre chose — a été vivement critiquée. On oublie que l'ancien système tombait de vétusté. L'Académie, on le perd trop de vue, était le parti de la jeunesse, le parti des indépendants, impatients de supplanter un personnel discrédité. Ils étaient l’ardeur, le talent, la liberté, — mais oui ! — contre la routine, la paresse et, l'esprit mercantile. Soustraire l'art au monopole, h la tyrannie svndicale, quel progrès! Mieux encore : rattacher les artistes à la personne du roi, faire de leur profession un service d'Etat, c’était les élever au-dessus du métier, leur donner des lettres de noblesse. Voilà le service inoubliable que nous devons à Le Brun : grâce à lui, l’artiste, jusqu’alors mercenaire, bohème ou parasite, pouvait entrer de pair avec les armes ut, les lettres dans le cercle éclatant du grand siècle.

PiEiutE Mignard. Lutte et triomphe de l’Académie (1649-1663). — L’œuvre, à peine née, pensa périr. La maîtrise sentit le coup qui lui «■tait porté; elle lit. tout ce qu’elle put afin d’étouffer sa rivale. Heureusement, elle manquait de chefs capables de faire échec à Le Brun. Elle trouva enfin son homme dans la personne de Pierre Mignard.

Ce champenois 1610-1695), de dix ans plus âgé que Le Brun, revenait de Rome après vingt-deux ans de séjour, frisant la cinquantaine, et précédé d’une incroyable renommée. Il s’était fait là-bas un grand succès de femmes, autant comme portraitiste que comme auteur de ces Vierges coquettes qu’on appelaient les « mignardes ». 11 avait créé un poncif. Il renchérissait sur le Guide. Il avait été le peintre en titre de la Curie, du patricial et de quatre papes successifs. Homme d’esprit, de

ClicliiS Aliuari.

Lesueur. — Mort de Saint Bruno. (Musée du Louvre, 1018.)

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