LEBRUN ET MIGNARD
belle mine, doué d'un arl exquis de causeur, il avait joui longuement — un peu trop — des délices romaines. 11 ne se pressait pas, voyageait à petites journées, sur que Paris tomberait aux pieds de « Mignard le Romain ». Quand il y arriva, en 1657, la première place était prise.
Il ne lui restait plus que l'opposition. Il Ait le parti à tirer des rancunes de la maîtrise et prit la tète des mécontents.
Le duel fut curieux. Les deux champions étaient les plus habiles hommes du siècle. L’un avait pour lui la reine-mère, les femmes, les gens de lettres, Molière dont il était l'arni (voir le portrait si beau de la Comédie-Française), dont il exploitait l’amitié avec une savante entente de la réclame et de la presse. L’autre s’appuyait sur la confiance des artistes, leur esprit de solidarité, sur les bureaux et les ministres.
Tous deux multipliaient les œuvres. En 1663, Mignard découvrit sa fameuse coupole du Val-de-Gràee. Ce travail fut porté aux nues. Molière lit un poème. L’Italie paraissait battue avec ses propres armes. Deux cents figures colossales peuplent cette composition immense, froide et Aaiine. Elle fut célébrée comme une victoire nationale.
Le Brun, de son côté, mettait en ligne quinze ans d’efforts et de succès. Sans parierde tableaux de toutes dimensions, qui auraient suffi à occuper un peintre, il manifestait une activité surprenante de décorateur. A l'hôtel Lambert, à partir de 1650, puisa Y aux-1 e-Yicom Le, chez le surintendant Fouquel, depuis 1657, il créait des modèles accomplis de magnificence. Le thème de ses recherches, c’était la « galerie », la décoration de fête, sur le type de la Farnésine ou du palais Farnèse. Peindre le berceau d’une longue voûte et l’illustrer d'images de joie, y créer des espaces, y développer des visions d’un héroïsme pompeux, sensuel et un peu vulgaire ; les encadrer de stucs, de guirlandes, de cartouches, y marier les renommées, les atlantes et les cariatides, combiner la peinture et le relief, les ors, les bronzes et les grisailles : personne, après Carrache et Piètre de Cortone, n’a manié comme Le Brun ce style d’apothéose.
Dans sa visite à Vaux, en 1661, qui fut l’arrêt de mort de Fouquet, le jeune roi retint le nom du peintre de son ministre. 11 fut surtout frappé de ce qu'il vit au Maincy : deux cents haute-lissiers, sous les ordres de Le Brun, tissaient Y Histoire de Méléagre. Le roi reconnut sur-le-champ dans cet organisateur, la trempe d’homme qu’il lui fallait. Il le manda à Fontainebleau. Dès lors, en dépit de la cabale, Le Brun était inexpugnable. Son œuvre triomphait. L’Académie, à demi ruinée par quinze ans de crise, est restaurée et rétablie (1663), puis complétée trois ans plus tard