‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 238 sur 391 · I.A GALERIE DE VERSAILLES · texte numérisé non relu

I.A GALERIE DE VERSAILLES

reçu <le Le Brun cette puissance d’impulsion, cette grandeur matérielle qui s’imposent aux sens d’une manière indiscutable. Poussin était un isolé; Le Brun a fondé notre école. Il a I racé les grandes lignes qui devaient rester le cadre de l’imagination française. 11 a fait oublier ses maîtres. Versailles effaça la galerie Farnèse. Vouet et ses émules furent rejetés dans l’ombre; Le Brun réalisa un absolu de majesté. L’Europe, pendant deux siècles, n’en connut pas de supérieur. Dans l’ordre des grandes créations esthétiques, celle de Louis XIV est la dernière en date : c’est l’honneur de Le Brun d’avoir fait pour une large part l’idée même que nous en avons.

Le Brun au Louvre et a Versailles. — Comme imprésario, comme metteur en scène du faste de Louis XIV, Le Brun a dépensé une imagination qui est, celle d’un des premiers décorateurs de tous les temps.

Sans parler de ses vastes séries, Y Histoire cl’ Alexandre (1668) et Y Histoire du lloi (1678), les Eléments et les Saisons, les Mois ou les Maisons royales; sans parler de décors éphémères, comme la Pompe funèbre du chancelier Séguier ('1672), où Notre-Dame disparaissait sous les échafaudages, les tentures, les allégories; sans rien dire des travaux des Sceaux, de Saint-Germain et de Marly, et à ne prendre enfin que ces trois grands ensembles, la galerie d’Apollon au Louvre (1665), le grand escalier de Versailles (1674-78) et la galerie des Glaces (1679-84), on n’a pas le souvenir d’une pareille activité, depuis le jeune homme divin qu faisait les délices de Jules II et de Léon X.

Non qu’on ose comparer Le Brun à Raphaël! Il y a chez le Français trop d’esprit ou de hel-esprit, trop de personnifications, trop de rébus et trop d’emblèmes, — « la Chicane, vieille décharnée qui dévore des paperasses », ou « la Force, tenant un parchemin où est tracée une pyramide ». 11 y a trop peu de beauté pure, trop peu de distinction, trop d’allusions de complaisance, trop de dithyrambe enfin et de panégyrique. Le Gouvernement personnel de Louis XIV paraîtra toujours un peu froid à côté de Y Ecole d’Athènes.

Ce qu’on ne peut assez admirer, au contraire, c’est la prodigieuse unité de ces ensembles décoratifs; c’est la simplicité du plan, la coordination des parties, leur dépendance réciproque, et cet art des développements qui assujettit partout l’expression à une seule vue; c’est l’inépuisable invent ion de trophées, de médaillons, d encadrements et de supports, le luxe herculéen de figures suspendues aux frises comme les Tritons de

Charles'Le Brun. — Entrée d’Alexandre le Grand dans Babylone. (Musée'du'Louvre. vers]1666.)

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