LE BRUN AUX GOBELINS
P uge l à la poupe des galères; c’est le mélange puissant de la mythologie et de l’actualité, des ors et de la polychromie.
Nous aimons mieux toutefois Le Brun là où s'exprime directement, avec moins de métaphores ou moins de périphrases, son admirable sentiment de la vie. Préférons donc, à la bonne heure, son Histoire du Roi h son Histoire d'Alexandre, comme le David du Sacre à celui des Satines! Le fait est qu'en ce genre d’historiographie, de tableaux à rhingraves, à guipures et à perruques, ou ne fera jamais mieux que le Sacre ou le Mariage du Roi , la Satisfaction du légat ou la Visite aux Gobe tins. C’est le nec plus ultra du tableau de cérémonie. Aujourd’hui, devant ces tentures merveilleuses, aux grands Appartements de Versailles, on croirait voir revivre, en couleurs magnitiques et à demi évanouies, la vision bruissante de la cour du Grand P»oi,
Le gouvernement de Le Brun. Les Gobelins. Les Salons. — - Ce n’est pourtant là qu’une partie de l’œuvre accomplie par ce chef extraordinaire. Le meilleur de sa gloire consiste dans l’action. Comme directeur des Gobelins ou de la Manufacture des Meubles de la Couronne, il fait bien autre chose que des modèles de tapisseries; tout le mobilier de Versailles, de Sceaux et de Marly, tables, lustres, vases, consoles, urnes, candélabres, surtouts, aiguières, vaisselle, pièces d’argenterie, bronzes, projets de vasques et de groupes pour les jardins, dessins d’étoffes et de tentures, tout ce qui sera ciselé, sculpté, fondu, ouvragé ou tissé par Boulle, par Bérain oulveller, sort de ces mains inépuisables. Le Brun est l’inventeur d'un style. D’une serrure ou d'un bouton de porte à une fontaine monumentale, et d'une garniture de cheminée à l'Arc de la porte Saint- Denis, il fournit les idées, alimente à lui seul la magniticence du siècle. Aucun artiste n’a mis à ce point son empreinte sur son temps, et n’a collaboré plus que Le Brun à en constituer la figure et l’aspect historiques.
Sans doute, ce système, qui sépare la tête qui invente de la main qui exécute, a de graves inconvénients. Le Brun fut mieux servi par ses ateliers des Gobelins que par son état-major ou ses sous-ordres de l’Académie. Cette équipe, le vieux Testelin, Coypel le père, Audran, Corneille junior, Douasse. Verdier, Blanchard ou J. B. de Champagne (le neveu de Philippe), forme un personnel .subalterne, où aucun vrai talent ne se distingue du nombre. On se plaint des excès de caporalisme de Le Brun : quand on connaît la pénurie de ce qui l’entoure, on est émerveillé de ce qu'il en a tiré.