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LES FETES GALANTES

sionné Mezzetin de Chantilly, dont la sérénade moqueuse a déjà quelque chose de celle de Mozart. Ailleurs, dans les Comédiens français (au palais de Berlin), il raille la pompe tragique et l’antiquité en perruque. Et parfois, dans ces choses légères, quelle mélancolie ! Le grand Gilles du Louvre, sous ses prodigieux satins blancs, qui dira sa noblesse et sa tristesse intimes ? Cette figure enfarinée, flottante comme un rayon de lune, n’est pas seulement, à la regarder comme « morceau », une page éblouissante, une des premières peintures du monde : ce pauvre sot, dupe de la farce, qui salue le public, tandis que ses compagnons dévalent derrière avec des rires, n’est-ce pas mon camarade, mon semblable, mon frère? Et où trouver plus d’ironie, et à la fois d’humanité?

Mais voici la merveille : la pastorale pure, la grande idylle de W atteau. La comédie devient « fête galante ». Plus de décors, plus de coulisses. Ailleurs, on ne sait où, s’étend un paysage. C’est un parc, un sous-bois, une clairière à demi sauvage ; des lointains bleuissants rêvent au fond des avenues. Parfois, des terrasses éloquentes, des rampes expressives mettent dans le tableau leur ordre et leur beauté ; il y a sur des piédestaux des blancheurs de déesses ; des Termes sourient dans leur gaine ; des fontaines pleurent dans leur vasque. Le peuplier français balance au-dessus des dômes du parasol romain l'élégance de son style. Là, une plaine où fuit un fleuve, où pointe dans la brume un clocher de hameau ; ici, un lac dormant, où se reflètent des nuages, et que dominent des crêtes anfractueuses de saphir.

Dans ce décor nouveau, tout s'élève, se spiritualise. La brise ne porte que des parfums avec des mélodies. C'est le monde des Astrées et des Décamerons, c’est la terre promise du Passe-temps et du Loisir. Un peuple romanesque, semi-acteurs, semi-mondains, habite ce séjour. D’autres, avant Watteau, avaient fait le même rêve, et mêlé le concert des âmes amoureuses à la vaste symphonie des choses. Ce duo immortel de l’homme et de la nature, c’était le Concert de Giorgione, c’était le Rubens des Jardins d'amour. Mais ce thème, Watteau le retrempe dans la vie. On connaît ses crayons, ses merveilleuses sanguines, si vivement égratignées, d’un trait si incisif, si nerveux et si fort. Ces « études » s’agençaient d’elles-mêmes dans de beaux paysages, au gré du sentiment. Les Amusements champêtres, le Plaisir pastoral, Y Assemblée dans un parc , des Réunions galantes, comment dire par où diffèrent ces « romances sans paroles » ? Comment exprimer par des mots de purs « motifs » de rêves? Des amants qui s'en vont par couples; une jupe

L IDYLLE DE WÀTTEAU

cle satin rose que relève un bras blanc; une escarpolette qui Hotte entre les vagues branches ; des siestes indolentes sur des lits de gazons ; ici, une jeune Iris qui s’exerce à la danse, au son d’un double chalumeau, d’un mouvement fluide, comme une herbe que l’onde caresse ; là, quatre danseurs qui pivotent à pas précipités, en se donnant la main , au milieu d’une

Cliché Neurdein.

Watteau. — L’amour désarmé. (Musée Coudé à Chantilly.)

prairie ; plus loin, des groupes épars qui devisent sur une terrasse ; des jeunes lilles aux bras nus, en robes à paniers, qui suspendent des fleurs aux pieds de l’Amitié ; des chuchotements et des sourires, des aveux, des pressions de doigts, des musiques confuses, du calme, du silence ; des promenades à deux par les sentiers du Tendre; quelque chose d’indécis, de serein, d’indéterminé, la secrète douceur des préludes de l’amour, toutes les images de la félicité paisible, aux bords d’un délicieux Lignon,

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