‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 257 sur 391 · L EMBARQUEMENT POUR CYTHERE · texte numérisé non relu

L EMBARQUEMENT POUR CYTHERE

sous un ciel indulgent que n’effleure pas l'orage ; un univers sentimental, un Eden, un Eldorado que nous connaissons tous sans y avoir jamais été, voilà le monde exquis dont le tendre enchanteur a enrichi nos songes.

Lin jour enfin, Watteau se résuma dans un symbole : au lieu du bonheur même, il peignit la quête, le départ. Ce fut Y Embarquement pour Ct/ /hère . L’artiste, comme on sait, a traité le sujet deux fois : l’exemplaire

Cliché Alinari.

Watteau. — Fête d’amour. (Musée de Dresde.)

de Berlin, qui est le tableau définitif, est plus éclatant, plus complet. Celui du Louvre n’est qu’une esquisse, mais combien ardente, lyrique I Pour dire ce qui n’est que désir et qu’élan, rien peut-il égaler cette divine ébauche ?

Au bord du monde, à l’orée d’une forêt qui surplombe la mer, dans la brèche d’un fjord aux parois de turquoise, sous le présage heureux d’un occident splendide, appareille la galère dorée de Cléopâtre. Déjà les rameurs nus, appuyés sur leurs rames, attendent les passagers, qu’une volée d’amours escorte à travers l’air. Les couples enlacés descendent vers la rive. Us s’invitent du regard, de la voix, du murmure : toute la gamme

l’embarquement pour cythère

de l’amour, de la prière à l’acquiescement et de l'agenouillement au baiser, circule dans" ce chant dont chaque couple est une strophe. Nulle part

W atteau n’a créé une plus longue mélodie, plus souple et plus enveloppante ; nulle part l’idée pittoresque et l’idée poétique, le dessin, la couleur, ne se sont unis chez lui dans une telle harmonie. Cette toile est un rayonnement. Quelle palette en France avait étalé un tel écrin de teintes

Page 1