‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 266 sur 391 · AUTOUR DE FRANÇOIS BOUCHER · texte numérisé non relu

AUTOUR DE FRANÇOIS BOUCHER

L’esprit nouveau en décoration. — En 1718, il y eut quelques réparations à faire aux peintures des Tuileries. Watteau et Nattier furent chargés du travail. Les choses n’allèrent pas plus loin, et c’est dommage. Je ne sais ce qu’ils auraient fait, mais il est évident que l'on attendait d’eux autre chose que du Le Brun.

Ces choses au goût du jour, plusieurs se trouvent à point aujourd’hui pour les dire. Il y a maintenant une riche école française, très fertile en talents, d’une remarquable unité de vues, et qui n’est plus d’humeur à laisser la parole à l’Italie. Le gouvernement entretient des pensionnaires à Rome, elles peintres continuent d’y aller (pas toujours). Mais, comme le dira Boucher à Fragonard : « Mon garçon, on te fera admirer là-bas Michel-Ange et Raphaël. Si lu as le malheur de prendre ces gens-là au sérieux, tu es perdu. »

11 a raison, car il s’agit maintenant de peindre à la française. Le grec et le latin sont des choses excellentes pour se constituer un fonds d'idées et se dégrossir l’esprit : mais il n’y a que les cuistres pour transporter ce bagage dans la conversation. Il s’agit de vivre, et de vivre en société, c’est-à-dire de renoncer à beaucoup de choses personnelles, et de sacrifier l’idéal, les préoccupations d’absolu et de style, aux exigences d’un monde où rien de tout cela n’a cours.

Autrefois, le Roi ou l’Etat étaient les seuls patrons des arts. L’idéal du

CONDITION DE LA PEINTURE AU XVIIIe SIÈCLE

monarque était la mesure du beau. Aujourd’hui, l’art est au service des riches particuliers. La peinture a cessé d’être un gouvernement; elle devient un luxe et une mode. Les affaires du Système, la Banque, l’agio ont subitement relevé la fortune publique. Tout le monde bâtit, décore. Le mécénat se disperse, la peinture se multiplie et s’humanise aussi. Elle ne prétend plus à l'héroïque, au solennel : que diraient les femmes? Il faut leur plaire, et pour cela il faut être compris. Donc, rien qui les écrase, les dépasse ou décourage leur ignorance. A cet. égard, il est certain que la volonté du roi protégeait mieux les intérêts supérieurs de l’art ; elle lui garantissait une plus réelle indépendance. Le public, et surtout le public féminin, sera autrement despotique. Un certain abaissement des idées et des caractères, c’est ce dont la société se trouvera responsable.

En revanche, cet art est un modèle de convenance. Ce qu’il perd en élévation, il le gagne en souplesse. Il a la première des vertus, le naturel. On ne lui demande que l’agrément, mais il est agréable. Il a peu d’idées, il flatte délibérément la sensibilité, et même la sensualité, mais en cela il est sincère et ingénu. Bien n’y sent l’enflure et l’ennui. C’est un art qui ne se guincle pas, il s’amuse pour son compte de son libertinage. Il n’a guère que des émotions à fleur de peau, des plaisirs d’épiderme; il se joue aux surfaces, mais avec quel entrain, quelle spontanéité, et souvent quel éclat ! En outre, au point de vue du métier, il est parfaitement bien peint. Jamais la palette française n’a disposé de plus de ressources ; jamais elle n’a été plus rompue à toutes les habiletés manuelles. Elle possède sur le bout du doigt ses Vénitiens et ses Flamands, Rubens, Téniers, Rembrandt, et joue de cette gamme à sa guise, avec une prédilection pour les tons vifs et les nuances claires. Comparée à l’école du siècle précédent, c’est une peinture en général moins fixe, moins concentrée, réfléchissant une plus grande somme de rayons lumineux. On peut souvent reprocher à sa virtuosité d’être superficielle : mais de cette légèreté, elle sait se faire une grâce. Tout son esprit et tout son art, sa poésie elle-même, tiendront souvent dans cette touche glissée, coulée, inconsistante et effleurée. Et puis, à la faveur de cette absence de préjugés, tout un ordre de choses à peu près inédit chez nous, les sujets familiers, communs, la vie quotidienne, pourront rentrer dans la peinture. Ce siècle voluptueux est aussi le siècle bourgeois ; et le temps de Boucher est encore celui de Chardin.

Les décorateurs. De Troy, Lemoyne. Le Salon d’Hercule (1736). — Commençons par les décorateurs. Trois ou quatre hommes considé-

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