CES PRÉDÉCESSEURS DE BOUCHER
râbles, sans grande personnalité, mais de dons magnifiques, font la tran-
Cliché Nourdcin.
Do 'J'roy. — Uéjeunei' d'huîtres. (Chantilly, 1733.)
sition des La Fosse et des Jouvenet aux Bouclier et aux Fragonard. Ce sont, par ordre de naissance : Jean-François de Troy (lfi79-17o2), le fils du portraitiste; Jean Baptiste Van Loo (1681-1 74o), la première célébrité
JEAN-FIiANÇOIS LEMOYNE
d’une dynastie fameuse, <jui a duré plus de cent ans; Charles Coypel (1694-1752) et Charl.es Natoire (1700-1777).
Tous sont de bons praticiens, des décorateurs nés, des improvisateurs faciles et séduisants. En trois semaines, de Troy brosse son énorme toile de la Peste de Marseille (Marseille, 1722). Veut-on voir les progrès de l’école en trente ans, ce qu’elle a perdu en sérieux, réflexion, consistance, ce qu’en revanche elle a gagné en surfaces et en brio? Voyez à Saint- Etienne-du-Mont le Vœu de sainte Geneviève de J F. de Troy (1726) auprès de celui de Largillière (1696). Les données sont identiques : apparition dans le ciel, et, sur la terre, portraits et robes de magistrats. Tout ce qui, chez Largillière, est ordonnance, aplomb, symétrie, certitude, disparait chez de Troy; l’équilibre chancelle, la couleur est moins dense et moins substantielle; tout paraît plus flottant, dissipé, volatil. A la composition verticale, s’en substitué une circulaire ; les groupes se mettent à « peloter », les nues envahissent la scène. Une harmonie d’un genre nouveau, moins noble et moins soutenue, plus impétueuse, plus « lyrique », a remplacé la mâle harmonie d autrefois.
Le grand rival de de Troy, et peut-être le talent le plus consciencieux du groupe, fut en somme François Lemoyne (1688-1737). C’est lui qui, pendant quelques années, jusqu’à l’avènement de Boucher, sembla recueillir la succession vacante de Le Brun. Son Hercule et Omphale (Louvre, 1724), avec son héros un peu mou, et son joli torse de femme pétri dans la lumière, inaugure brillamment le siècle. Il y a déjà là le meilleur de Boucher.
Trois compositions importantes marquent les étapes ou les conquêtes • le cette rapide carrière. Ce sont les trois « plafonds » de Saint-Thomasd’Aquin (1723), de la Chapelle de la Vierge à Saint-Sulpice (1731) et du Salon d’Hereule à Versailles (1736). Le Salon d’Hercule passa, jusqu’à David, pour le plus beau morceau de la peinture française. Tout le xviiF siècle le regarda (avec plus de raison) comme le xvn° avait fait la fameuse coupole de Mignard. Et le fait est qu’il n’y a pas, à Versailles ni en France, une seconde composition qui le dispute à celle-là pour le charme et l’ampleur. Une grande toile de Véronèse, le Repas chez Simon , aujourd’hui transportée au Louvre, décorait un des murs de l'immense salon : c’est cette toile dont l’artiste fait la base de son échelle colorée; c’est sur elle qu’il bâtit les subtiles architectures de ses tonalités d’argent. A y regarder de près, on verrait dans cette machine moins de génie que de labeur, moins d’inspiration que de remplissage. Cet
LE PLAFOND d'hercule A VERSAILLES
immense Olympe gagnerait à être réduit, aéré. On remarque çà et là des ligures délicieuses : toute la mythologie du siècle n’inventera rien de
Cliché Alinari.
Lcmoync. — Hercule et Ompliale. (Musée du Louvre, 1724.)
plus exquis que le trio des Grâces à demi couchées sur leur nuage, ou que la divine lléhé qui plane tout au sommet du ciel, comme une image de la volupté.
Que manque-t-il à ce grand effort pour avoir réussi à conserver jus-