SALVATOR ROSA
à « bouger ». Cette éruption delà peinture à la Napolitaine est un signe drs temps. Sur cette terre pelée et tremblante de solfatares, le naturalisme prit un caractère volcanique. C’est là que se perpétrèrent les pires brigandages de l’art. L avènement de cette race de cuivre se marque déjà dans les noms : Pietro Novell i, le Mon réalésé (1603-1677), Maria Preti, le Calabrese (1613-1699) . Le plus grand maître de l'école, Salvator Rosa ( 1615- 1673), n’est encore qu’un aventurier de la peinture. C’était un échappé de séminaire; il gagna quelque temps sa vie, dans les osterie de Naples, à gratter sur le luth et à donner des sérénades. Puis il se mit à peindre, sans suivre d’autre école que l’école buissonnière. Muni de son carton et de sa boîte à couleurs, il explore les environs, les solitudes des Abruzzes, la Fouille, la Capitanate; pris par une bande de voleurs, il continue au milieu d’eux l'existence de hors la loi. Il fut également des insurgés de M asaniello.
A la lin de sa vie, il dut en regarder le début comme un rêve orageux. L'ancien bandit était devenu homme du monde, le roi de Florence et de Rome, et le paysagiste s’achevait en peintre d histoire. Tout son passé s’exhale en images tumultueuses. Ce sont des chocs de cavalerie Louvre), des scènes d histoire tragiques [Conjuration de Catilina, Pilti), des évocations fantastiques ( L'Ombre de Samuel apparaît à Saul, Louvre), des cauchemars farouches, comme le grand tableau où l’artiste se montre lui-même en proie à des Satyres (Rome, palais Chigi) : ce sont encore des eaux-fortes, où il burine d'un trait furieux des scènes de la vie militaire, ou évoque ces paysages, cette nature de chaos, qu’il peuple de centaures, de tritons et de monstres. Salvator est un des premiers qui aient vu la nature avec sa face de tempête, dans ses aspects affreux et ses bouleversements. 11 en aime les convulsions, les escarpements, les crevasses, les arbres foudroyés, les précipices, les ruines. Sa couleur plombée semble toujours exprimer l’agonie de la lumière au milieu d'un ciel de simoun. Vers 1800, à l’heure de la vogue d'Ossian, sa gloire lut considérable. Mais ce qui le rend intéressant, l’inquiétude de l'esprit et l’inédit du sentiment, ne peut servir d’excuse à ses formes pleines de convention et de hasard, et souvent de la plus creuse emphase.
Mais l ame napolitaine ne s'incarna jamais plus complètement que chez Luca Giordano (1632-1703), d qui ses conceptions subites et 1 instantanéité de l’exécution valurent, parmi la foule des improvisateurs, le surnom de « Fa presto ». Naples, Venise, Florence, Madrid, regorgent des créations de sa verve intarissable. Rien ne lui coûtait. « Fruscia, fruscia ,
LUCAS GIOHDANO
che va buono » (brosse, brosse, cela va bien), lui disait son maître et il
Cliché Alinari.
Pierre de Cortone. — Plafond du Palais Barberini, à Rome, 1630. brossa pendant soixante ans, sans arrêt, tout ce <|ue l’allégorie, la fable,