‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 281 sur 391 · LE STYLE LARMOYANT · texte numérisé non relu

LE STYLE LARMOYANT

l’insupportable artifice de la Malédiction paternelle et du Fils puni.

Cliché Alinari.

Tocqué. — Marie Lcczinska. (Musée rlu Louvre.)

Observation, réalité, naturel, tout est sacrifié à un idéal d’émotion, qui devient à brève échéance la caricature de l’émotion, la plus sèche et la plus factice des rhétoriques.

LE PORTRAIT AU XVIIIe SIÈCLE

Même défaut dans les « têtes d'étude » île Greuze et ses morceaux d'expression. L’exagération des signes conventionnels du sentiment y produit un effet directement contraire. C'est dommage, car Greuze est loin d’être un talent médiocre. Quand il est naturel, qu’il s’oublie devant le modèle, il est aussi beau peintre que personne de son temps. Il a une sensualité poétique, une opulence dans les chairs, une délicatesse dans le maniement des blancs, une entente de l’atmosphère, qui sont d’un vrai artiste. Les deux plus beaux portraits de femme du xvm® siècle, les seuls qui luttent avec les grâces anglaises d’un Gainsborough, sont deux portraits de Greuze : la Sophie Arnould de la collection Wallace, et un second buste, supérieur encore, dans une galerie américaine. De tels morceaux défendront toujours la mémoire de Greuze. Et même ses autres œuvres ne soûl pas méprisables. L’exécution en est souvent très précieuse. Enfin, il a eu son « idée » : cela n’est pas donné à tout le monde.

Quelques contemporains de Greuze se sont fait dans le « genre » une réputation aimable. Leprince (1733-1781) est un dessinateur, un illustrateur amusant, un voyageur, un curieux, un demi-Liotard. Le petit Dessinateur de Lépicié (1735-1784), au Louvre, a presque la qualité d’un Chardin. Ses vues de halles et de marchés, avec une foule de personnages, intéressent encore. Mais le « genre » n’est jamais pour eux qu’un pis-aller. Ils n’ont pas la vocation. Le temps n'est pas encore, s’il doit jamais venir, où la France aura ses Vermeer et ses Pieter de Hooch.

Le portrait. Louis Tocqué, Avi.d, etc. — Nous sommes plus à notre affaire dans le portrait. Quel est. Je peintre d’alors qui, de Boucher à Greuze, n'a produit en ce genre quelque page excellente? Mais surtout le portrait devient une spécialité. Sans reparler ici de Kigaud et de Largillière, qui survivent jusqu’après 1740, ni de Nattier, qui les continue plus de vingt ans encore, toute une génération de nouveaux portraitistes se trouve là pour répondre aux besoins de la clientèle.

Il serait fastidieux de les citer tous. Un seul mérite quelque détail : Louis Tocqué (1696-1772), le gendre de Nattier, et d’ailleurs un artiste fort supérieur à son beau-père. Son grand portrait en pied de Marie Leczinska au Louvre) est, comme morceau de pratique, un des plus glorieux de l’école française. Tocqué est pourtant avant tout un peintre <le la bourgeoisie. Il excelle surtout à rendre les dames d’un certain âge. Le xvm0 siècle est une des rares époques où l'on ait su l’art de vieillir. Il va de soi que ces portraits n’ont ni la poésie des portraits italiens, ni

LOUIS TOCQUE

l’intimité des hollandais, ni le charme romanesque de ceux de l’école anglaise. Malgré cela, l’impression est plus simple qu’au siècle précédent. Le format est moins solennel, la tonalité moins fastueuse ou moins austère, l’ensemble moins décoratif, l’intention plus ressemblante. On

cherche moins à faire un tableau, que le portrait d’une personne particulière.

On retrouverait les mêmes traits dans l’œuvre de J. -A. Aved (1702- 1766). Et l’on citerait d’agréables morceaux de Louis Michel van Loo, le fils de Jean-Baptiste 1707-1771 ), de Donatien Nonotte 1708-178")) ou de

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