‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 293 sur 391 · L.-G. MOU EAU ET GEORGES MICHEL · texte numérisé non relu

L.-G. MOU EAU ET GEORGES MICHEL

lui donna à bouleverser un coin de Versailles, et à créer son aimable désordre dans 1 ordre de Le Nôtre. 11 a aimé les champs comme l’abbé Delille. Mais c’était un peintre charmant.

11 n y a pas g'rand’rhose à dire de Loutherbourg, l'homme aux moutons (1740-1782'), non plus que de Casanova (1739-1805) qui continue avec une factice turbulence la veine batailleuse de Salvalor et de Wouwermann. Mais déjà quelques hommes, presque des inconnus, commencent à s’écarter des villes et des salons, et à aimer la nature pour elle -même. Sur un pelil coin de l'école, se répand une lueur du crépuscule de Jean-Jacques, le Jean-Jacques détendu et apaisé des Rêveries. Le peu de tableaux qu’on connaisse de Louis-Gabriel Moreau (1740-1806), le Coude de la Seine à Saint-Cloud , par exemple (au Louvre), émettent timidement, dans des nuances grises, comme une note nouvelle. On songe à certaines toiles touchantes, un peu débiles, de Vermeer de Ilaarlem. Et déjà un original, un plébéien presque illettré, Georges Michel (1743-1843), commence sur la butte Montmartre cette série d’études puissantes et monochromes, empâtées et déclamatoires , mais d'un vrai sentiment rustique, où l'on retrouve (par quel hasard ?) la fougue anglaise du vieux Crome et du grand Constable... Mais ce sont, encore une fois, des inconnus, des solitaires : il faudra un demi-siècle encore pour que la vraie moisson du paysage se lève, — après une révolution.

Portraits et miniatures. — Cette vénération « sensible » et « rous-

seauiste », trouva les portraitistes attendris qu'illui fallait. Le plus sérieux de ces talents est le Comtadin Duplessis (1725-1802), un esprit distingué, délicat, un peu froid, fort à la mode dans le beau monde au début du règne de Louis XVI. Il est bien représenté en Avignon et dans sa patrie, Carpentras. Drouais (1720-1775) n'avait pas son pareil pour peindre les enfants. Sa spécialité était de déguiser les petits garçons et les petites filles de l’aristocratie en jardiniers, en vendangeurs, en Savoyards : ce carnaval de sentiment ravissait le public. Enfin, Danloux (1745-1809) arrange les portraits en petits tableaux de « genre » dans le goût pastoral. Pendant l'émigration, il se fit à demi Anglais, et c’est à ce titre surtout que ses oeuvres sont intéressantes.

Cet art gracieux et sans force est au plus juste un art de femmes. Aussi les femmes y triomphent. Deux, entre autres, arrivèrent à la grande réputation : la consciencieuse Labille-Guiard 1744-1803), et surtout la

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