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LA RÉFORME DE LA PEINTURE ET LES ORIENTATIONS NOUVELLES

Les maniéristes. — Michel-Ange à sa mort (1564) laissait Part italien en proie à une décadence incurable. C’est la pire névrose qu’ait connue la peinture. Venise même montrait des signes du mal commun. Titien vivait encore, Vérone se ne cessait de prodiguer au monde les fêtes les plus somptueuses ; mais Tintoret manifestait des symptômes de fébrilité, une passion d’émouvoir qui furent étrangères à la Venise des beaux jours.

Partout ailleurs, ce n’est que désordre et démence. Une épidémie de manière sévit sur Ja peinture. L’art se précipite et se perd sur les traces du dieu. Le pessimisme de Michel-Ange, le désespoir sacré qui font du mausolée des Médicis le plus farouche hymne au néant, se changent chez ses sectateurs en cette conviction que la nature n’est bonne à rien et ne saurait offrir ancun modèle à consulter. La peste de l’idéalisme commence ses ravages.

Il faut l’avouer: ce grand homme fut le Iléau de l’art. L’idée que l’art est hors nature, qu’il faut faire plus beau ou plus grand que nature, ôtez-

LES MANIÉRISTES

en le génie, la foi visionnaire et apocalyptique, il vous reste le précieux, le baroque, le burlesque. L'art italien comprit très vite que ce qui paraissait admirable dans le Jugement dernier, ce n‘en était nullement l’inspiration ou la « terreur », mais l'arbitraire, le caprice, le défi jeté à toutes les convenances du sujet, et en même temps l’invention, la profusion matérielle des corps pendus en grappes convulsives dans toutes les attitudes. L’exemple s’imposa avec la souveraine tyrannie des chefsd’œuvre. Tous les vices de la race, son incorrigible facilité, sa sécheresse, son scepticisme, son amour de l’effet, de l’artifice, de la virtù, se réveillent et se déchaînent. Etonner, exciter le brouhaha, la stupeur, faire preuve de furia, de terribilità, prodiguer en même temps les plus grossiers appâts, le charme des morceaux, l’éclat superficiel, telle est l’esthétique détestable qui règne d’un bout à l’autre du monde italien :

E del poeta il fin la meraviglia :

Chi non sa far stupir vada alla striglia.

Ces vers de Y A doue du cavalier Marin sont le programme du maniérisme. Une nuée de sauterelles bruyantes et vaniteuses, les Salviati, les Zuccheri, les Tempesta, les Baglione, les Croce, fait rage sur les murailles des palais, des églises. C’est une plaie d’Egypte qui dessèche, désole, llétrit tout art sur son passage.

Tous ces gens-là ont l’art « au bout de leur pinceau ». Leur superbe tient du délire. L’imposture de 1' « idéal » chez ces natures sensuelles, la grossièreté des ambitions, la misère de l’esprit, forment une corruption affreuse. Telle est la rançon dont l’Italie payait la grandeur d’un seul homme. L’art agonisait de folies, de chimères et d’orgueil. Il fallait le ramener à la raison et le remettre à l’école.

Les Carraches. — - La réaction vint du Nord, de cette Lombardie que la spirituelle Florence a toujours regardée connue une Béotie, et ce fut l’œuvre des Carraehes, Louis, Augustin, Annibal.

C’étaient trois hommes du peuple, fils de boucher ou de tailleur, et qui portèrent dans leur art, à défaut de génie, de solides vertus d’application professionnelle. Louis était l’aîné, et ce fut lui assurément la conscience du trio. 11 naquit à Bologne en 1555 et mourut en 1619, ayant survécu aux deux autres. Son maître Prospero Fontana, lui trouvant esprit lourd et lent, désespérait de sa gaucherie. Le jeune homme ésolut de s’instruire lui-même en consultant les grands modèles. Il

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