‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 305 sur 391 · I. ART ET I.A MORALE · texte numérisé non relu

I. ART ET I.A MORALE

complètent curieusement cette étonnante revue des ridicules, des travers et îles vices contemporains.

Cette simple nomenclature montre déjà l’étendue de l’œuvre et sa variété : scènes de la vie militaire et de la vie politique, toute la société, le clergé, les lettres, le théâtre, les élégances et la canaille, les grandes dames et les câlins ; tous les milieux de Londres, les salons, les tripots, le cabinet du charlatan, le boudoir de la femme galante et le grenier de la fille publique; les salles de réunion, les églises el les sacristies, l’élude du notaire, la boutique de l'apprenti, la rue et les cris de la rue, les tavernes de nuit, les brelans el. pour finir, I amphithéâtre el l’hôpital des lous; tous les spectacles que peuvent donner dans une grande ville la corruption sous toutes ses formes dorées ou misérables, le jeu, le plaisir, le désordre, l’alcool et la débauche, avec la perspective de la potence et de Bedlam : voilà le domaine de Hogarth, et, dans la peinture de « genre », il n’v en a pas de plus ample, de plus divers et de plus vaste.

Par là, llogarth serait déjà un homme considérable, bien distinct de ses confrères flamands ou hollandais ; mais il s’en distingue encore plus par l’intention de son œuvre et la portée de son programme. Il ne lui suffit pas de peindre, il veut agir; il n’imite pas seulement, il entend corriger. Chez lui, l’historien des mœurs se double d’un satirique, et le chroniqueur des vices s’achève en moraliste. Hogarth est un Anglais, un cerveau pratique, positif, n’ayant nul besoin de beauté pure, et ne concevant pas F « art pour l'art ». 11 veut mettre la peinture au service des idées. « La comédie peinte, écrit-il, mérite la même estime que la comédie parlée. C'est une œuvre d'utilité publique. Une démonstration par les veux l'a i I plus d'effet sur l ame que les raisonnements d'un millier de volumes : c’est ce que j'ai tenté dans mes compositions. »

Ainsi, nous sommes prévenus : Hogarth fait œuvre d’apostolat; ce n’est pas un artiste qui voit et qui s'amuse, c'est un clergyman qui morigène et qui prétend nous amender. D'ailleurs, ce pédagogue n’a pas. comme on dit, froid aux yeux: rien ne l'effraie, rien ne lui coûte quand il s'agit de nous convertir et de nous asséner une vérité. Le mot cru ne lui fait pas peur, el il ne recule pas devant le détail ignoble ou révoltant. Il étale devant nos veux les conséquences abjectes ou terribles de nos fautes et, avec une franchise biblique, traîne sans vergogne le pécheur dans son vomissement. C'est le cynisme de la vertu dans toute sa candeur. Mais quel manque de délicatesse! Pourquoi faut-il que la .morale de Hogarth soit si vulgaire? Elle comporte un côté d' « égoïsme

Page 1