‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 309 sur 391 · I.ES PORTRAITS DE HOGARTH · texte numérisé non relu

I.ES PORTRAITS DE HOGARTH

nuances morales plus inédites, plus compliquées et plus nombreuses. A cet égard, Hogarth est vraiment inventeur. Certaines œuvres, comme les Buveurs de punch, la scène du pharaon ou celle de la Maison des fous dans la Vie du roué, sont des collections d’études, un répertoire de physionomies dont il n’y a pas une qui ne soit une découverte; toute la gamme d’une passion s’y développe en traits hideux, comme dans un pandémonium qui nous fait trouver enfantines les diableries de Jérôme Bosch. Hogarth a ajouté une province à l’enfer; il nous a fait descendre plus avant que personne dans l'abîme effroyable de la nature humaine.

C’est ce que voulait dire Charles Lamb, quand il écrivait : « Mes livres favoris? Shakespeare et Hogarth » ; c’est ce que goûtait en lui Fielding, et ce qui fait que Garrick l’appelait le « grand peintre de l’humanité ». Mais ce ne sont pas essentiellement des qualités d'artiste; elles ne distinguent pas Hogarth d’un grand illustrateur. Et le graveur, en effet, a fait du fort au peintre. C’est dommage ; Hogarth est un peintre de premier ordre. Il s’exprime en couleurs dans une langue directe, franche, sans recherche, mais d’une force incomparable. Il a le métier le plus simple, procédant en pleine pâte, sans raffinements et sans mystères, sans « cuisine » compliquée ni intervention des glacis, et dont tout le secret consiste dans la décision et l’esprit de la touche; le Ion est fort peu altéré, point tracassé, mais d’un piquant, d un émail exquis. Peu de tableaux de l’école anglaise ont mieux « vieilli » que ceux d’Hogarth. Le Mariage à la mode semble dater d’hier.

Ainsi, même comme peintre, Hogarth a été bien servi par son mépris de l’art. En ne demandant à l’art que les moyens de se faire entendre, en le subordonnant à quelque chose de plus important que lui-même, il a atteint parfois à l’art le plus charmant : cela lui arrive surtout dans ses jours d’abandon, lorsqu'il se laisse aller à son sentiment de la vie. Enfin, dans ses trop rares portraits, comme celui du Capitaine Coram, à l’hospice des Enfants Trouvés, son Portrait par lui-même ou celui de ses domestiques (à la National Gallerv), Hogarth a laissé des chefs-d'œuvre qui ne le cèdent à rien dans la peinture anglaise. Et la Fille au panier de crevettes ibid estime triomphante ébauche, une merveille de belle humeur et de virtuosité qui, à elle seule, suffirait à la gloire d’un maître.

Avec toutes les différences de tempérament et de milieu, on a pu comparer le rôle de Hogarth à celui de Watteau. Tous les deux ont fondé une école nationale. Ce qu'il y a de « littéraire » dans l’œuvre de

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