‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 308 sur 391 · LE MARIAGE A LA MODE · texte numérisé non relu

LE MARIAGE A LA MODE

riiez elle à sa toilette : entourée par un cercle d’adorateurs, elle prête l’oreille aux roulades d’un chanteur italien et aux déclarations de l’avocat du premier acte, devenu son amant. Une petite négrillonne déballe des bibelots, et montre en riant les cornes d’une statuette d’Actéon. Qui va à la chasse. . .

Scène Y. — La crise. — Le drame se précipite. Le mari trompé rentre et surprend les coupables en flagrant délit. Il dégaine, les fers se croisent, mais son épée lui tombe des mains : il s’affaisse, blessé à mort, sans même entendre les cris de sa femme qui implore son pardon. Le duel n’a duré qu’un éclair. Le guet accourt au bruit dans la chambre bouleversée, tandis que le galant s’évade en chemise par la fenêtre.

Scène YI. — Le châtiment . — Le meurtrier a payé le prix de son forfait : il a été pendu. Sa maîtresse s’empoisonne aA'ec du laudanum. Elle expire. Sa petite tille se jette sur son corps déjà insensible. Cependant l’alderman, appelé pour constater le suicide, arrache froidement les bagues de la moribonde, tandis que l’apothicaire gourmande l’imbécile qui a vendu le poison.

On n’aurait pas de peine à montrer les défauts de cet étrange roman : l’arbitraire de certaines scènes, l’accumulation des effets, le parti pris de l’auteur et son intervention constante, qui dénature l’histoire dans le sens de la leçon. Evidemment, Hogarth ne badine pas avec l’amour; ne lui demandez pas là-dessus l’insouciance de nos peintres de « fêtes galantes ». Nous sommes ici en Angleterre, où l’on prend les choses au sérieux, et parfois au tragique.

Mais on ne saurait trop louer la clarté du récit, le naturel des attitudes, la verve de la pantomime, le sens dramatique qui fournit sans se lasser au peintre des gestes et des expressions. Sans doute, ce n’est pas la grande imagination plastique de la Grèce ou de la Renaissance. En revanche, peu d’artistes ont eu, si je puis dire, une prise égale sur la vie. La somme de réalités qu’on trouve dans chacun de ces tableaux défie toute analyse. Chaque scène se compose avec tous ses détails, avec une abondance de notations et défaits, qui produisent l’illusion. Comme document sur les moeurs, les costumes, le mobilier, les accessoires de la vie à une époque déterminée, aucune œuvre ne lutte avec celle de Hogarth. Le psychologue égale le peintre d inventaires. Personne n’a mieux rendu des

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