‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 322 sur 391 · LA. SENSIBILITE DE GAINSBOROUGH · texte numérisé non relu

LA. SENSIBILITE DE GAINSBOROUGH

longue période d'idylle et de vie champêtre à Ipswich, puis quinze ans de séjour à Bath, alors le Nice ou le Biarritz de la gentry anglaise, l’amènent presque à la cinquantaine, avant qu’il se décide à retourner à Londres et à y prendre un bail pour ses dernières années. Célèbre aussi tôt que Reynolds', membre de l’Académie dès la fondation, il en demeure indépendant, incapable de forcer son humeur et de se contraindre à une corvée, fantasque, doux, nerveux, prompt d’enthousiasme, de dégoût, « le plus capricieux, le plus changeant des êtres » ; quoique fort ignorant, il y avait en lui une grâce naturelle, une aristocratie native qui le faisait rechercher; du reste, sans nulle ambition, détestant le métier, peu pratique, insouciant à l’argent, travaillant à ses heures, plus d’une fois pour rien si le cœur lui en «lisait ; fou «le musique, passionné pour tous les virtuoses, passant des jours à s’enivrer de mélodies avec un violon ou une flûte, fermant sa porte au duc, au lord, au roi lui-même : donnant un de ses chefs-d’œuvre pour un air qui lui plaît; en tout, la spontanéité, l'irritabilité, le mobile et charmant génie d’un grand enfant et d’un poète.

« Je fais, disait-il et il se peint tout entier dans ce mot , des portraits pour vivre, des paysages parce que je les aime et de la musique parce que je ne peux pas m’en empêcher. » Je parlerai ailleurs du paysagiste, qui est probablement le plus original et le plus grand du siècle : mais il faut en savoir, au moins, que Gainsborough a commencé par là, qu’il n’y a jamais renoncé, et que, pendant sa longue bucolique d ipswich, il n’a guère fait autre chose. Peu créateur, n'ayant jamais su ni voulu inventer, il trouve dans la nature rustique un inépuisable sujet d’impressions et de rêves : il ne professe nul dédain pour les humbles aspects de la campagne anglaise; son observation à la fois line et ingénue se plaît à placer dans ce cadre des scènes de la vie rurale et enfantine ; c’est une sorte de « pendant » anglais aux gentils muchachos d’Espagne : par toute une partie de son œuvre, Gainsborough est un peu le Murillo du Suffolk. Ses rustres, ses va-nu-pieds, ses « petits chaperons rouges », paysannes, Allés de ferme, porteuses de lait, avec cette beauté de types et cette fraîcheur de teint si fréquentes là-bas, même dans les humbles classes, ont une valeur sentimentale qui leur vient de l’imagination et de la sympathie de l’artiste ; il les peint avec les souvenirs de sa libre jeunesse. Dans ces tableaux, pleins de grand air et déjà de poésie, Gainsborough fait en quelque sorte ses études pour l’avenir ; dans son œuvre future subsiste toujours un peu de leur charme sauvage ; toujours on y

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