‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 323 sur 391 · LES PORTRAITS DE GAINSBOROUGH · texte numérisé non relu

LES PORTRAITS DE GAINSBOROUGH

verra celle manière unique d’associer le paysage à la ligure humaine, et de les fondre ensemble dans une harmonie naturelle, profonde et « musicale ».

Cliché Mansell.

Gainsborough. — Portrait des srciirs Tickell. (Musée de Dulwich.)

Ces qualités toutes « poétiques » ont naturellement peu d'emploi dans les portraits virils. Gainsborough ne laisse pas d’avoir fait quelques figures d’hommes, comme Y Amiral Hawkins (Coa Fleischmann), qui pourraient tenir leur place à côté de Rembrandt; et le splendide Garrick de Stratford-sur-Avon est un morceau de peinture aussi éblouissant que

l’enfant bi.eu

subtil et délicat comme définition d’un type. Ce sont toutefois chez lui des pages exceptionnelles. Pour un impulsif tel que lui, l’homme fait offre rarement un thème bien séduisant.

Avec l’enfant, la femme, il se sent plus à l’aise. Leur vie, leurs traits moins définis lui laissent une plus grande latitude de rêve ; il sympathise avec ces âmes jeunes et naïves. 11 peut alors traduire ses émotions ou ses idées à propos d’un visage, avec une entière liberté d’attitudes, d’ajustements et de décor. Il n’a rien fait de plus populaire que le portrait du jeune Buttall, le fameux Blue Bot/ (au duc de Westminster). Pour le choix du costume, le jet de la figure, c'est du Yan Dyck, et l’on sait le culte voué par Gainsborough à ce maître; mais la réminiscence n’est ici qu'une manière de traduire le réel dans un sens artistique, avec caprice et fantaisie. La tonalité seule de ce merveilleux morceau écarte toute idée de servilité ou de plagiat. On connaît la légende : le discours de Reynolds proscrivant le ton bleu, et Gainsborough peignant en réponse le Blue Boy . A la vérité, 1 Enfant bleu est d'un « bleu » si rompu, si moiré de mauves et de roses, il circule dans la couleur première tant d’orangés et de lilas, que l expérience donnerait raison au jugement de Reynolds. L'auteur d’une pareille toile n’en demeure pas moins un exécutant hors de pair et, comme peintre, un des plus personnels coloristes du monde. L Enfant rose (Con E. de Rothschild) est une variante moins heureuse de Y Enfant bleu.

On n’attend pas que je fasse des portraits de Gainsborough une énumération qui serait fastidieuse. La charmante Mrs . Siddons (Nal Gallery) est une des pages les plus connues : par l’esprit et le sentiment, c’est aussi une des plus « modernes » ; comparez seulement la tragédienne de Gainsborough, en toilette de ville, telle qu’on peindrait aujourd’hui une Sarah ou une Bartet, avec la même personne, représentée par Reynolds en Muse de la tragédie ! Chez Gainsborough, nul artifice. « Dès que je raisonne, dit-il, je suis perdu. » Mais il y a chez lui une élévation intime, un raffinement de sensations, qui valent mieux que tous les procédés des peintres « intellectuels ». 11 remplace les idées par des impressions plus rares. Son dessin est un peu flottant, quelquefois négligé, la composition incertaine, jamais très volontaire : et cependant, il ravit. Voyez, à la galerie Wallace, un autre portrait d’actrice, sa Mrs. Robinson à côté de la Nelly O Brien de Reynolds. Tout ce qui, dans ce dernier chef-d'œuvre, est réflexion et calcul, se dissipe. 11 n’y a plus qu'une forme claire, une apparition légère, assise presque au hasard dans un

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