MO R LAND ET WA KO
rurales, c’est, après l’arbre, le cheval, toujours si populaire dans ce pays de courses. Un connaît l’émouvante étude de Gainsborouah, son Vieux cheval delà National Gallery. Un certain Georges Stubbs, de Liverpool, se lit une spécialité de ces « portraits de pur sang » et de grands favoris du turf. L’école allait trouver en ce sens deux maîtres plus variés et plus originaux.
George Morland (1763-1804) est un des plus rares talents de l’Angleterre. C’était un franc mauvais sujet, qui se tua de débauche et de crapule à trente-neuf ans. Mais, avec ces mœurs détestables, il avait des dons magnifiques, et il reflète un des côtés les plus pittoresques du pays. Il vivait en bohème à Paddington, au milieu d'une ménagerie d’ânes, de chevaux, de chiens, de porcs, de lapins, d’écureuils, qui lui coûtaient les yeux de la tête, et qui étaient d’ailleurs ce qu’il y avait de mieux dans sa société. Grâce à celle familiarité avec le monde des bêtes, à sa connaissance de l’animal, de sa structure, de ses allures et de ses habitudes, il a exprimé comme personne ces scènes de la vue anglaise qui tiennent à l’écurie, à la ferme, au chenil : c’est toute la comédie d’un pays d’élevage, de meutes, de sports et d’équipages. Morland, du reste, est un vrai maître, incomparable pour le piquant, l’esprit, la facilité de la touche ; ses petites compositions, qui se distinguent par la belle couleur dorée ou fauve de leur gamme, sont d’une verve toujours amusante et pleine d’agrément. Sans doute, Morland n’a ni l’émotion de Ruysdaël, ni la sérénité supérieure d’un Cuyp ; il n’est jamais bien élevé d’idées ni de sentiment ; mais il est de bonne humeur, joyeux, remuant, loustic, et bien anglais.
Son beau-frère James Ward (1769-1859) est d’une nature toute ditïérente. Ses qualités sont presque celles d’un « penseur », en tout cas d’un poète épique. Il ne se contente pas de connaître familièrement les bêtes, il les étudie (comme il fait aussi le paysage) en anatomiste et en savant. Il nous montre les drames qui s’agitent entre les forces diverses de la nature vivante. Son combat de taureaux [Saint Donatts Castle, au Soutb Ivensington) se passe dans un décor dont tous les éléments paraissent en furie. Dans Harlech Castle (National Gallery), l’artiste nous fait assister à la mort d'un arbre ; le géant est couché à terre, et une fourmilière de bûcherons se hâte de dépecer son cadavre, sous la menace d’un ciel d’orage. Ainsi James Ward développe le tragique de l'univers. Et, à côté de Paul Potter, de Snyders et de Fyt, il s’est fait une place dont ne devait pas le déposséder son successeur Landseer.