‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 331 sur 391 · LES ESTAMPES DE HOWLANDSON · texte numérisé non relu

LES ESTAMPES DE HOWLANDSON

comique cocasse, une grosse bouffonnerie dont le .Jack dans sa gloire , de la National Gallery, est un bon spécimen.

Tout cela, pour un juge sévère, ne dépasse guère, comme esprit ni comme intérêt pittoresque, les « chromos » de salles d'auberge. Le mieux, dans ces conditions, était de renoncer à peindre, et de faire franchement île l'illustration humouristique, du journal en images. Comme chez nous à la même époque, l'estampe, la caricature absorbent la peinture de mœurs. Deux hommes, Rowlandson et Gillray, en épuisent à peu près les tendances diverses. Thomas Rowlandson 1756-1827) est un charmant artiste, un libertin et un viveur, ami du v in et du plaisir, mais doué d’un sens exquis des ridicules et de la beauté. A Paris, où il avait fait de nombreux séjours, il prend le goût des élégances, le sentiment délicieux de la « douceur de vivre ». Tout son épicurisme, un peu dissolu et cynique, mais pourtant plein de grâce, frémit dans ses dessins lavés de teintes roses, d’un beau ton de chair. C'est le monde facile et bruissant des promenades et des bals publics, des 1 i vol is et des Vaux Halls, le monde des courtisanes, des tilles et des suiveurs de tilles; le vice y étale sans pudeur ses jeunes désirs, ses vieillesses libidineuses et ses tentations et ses appâts charmants. Une poésie sensuelle, singulièrement voluptueuse, se dégage de ce grand marché de femmes et de joie, de cette comédie de l'amour, ironique, légère, impure, passionnée. Plus tard, le ton se débraille, les idées s’avilissent; l’artiste se dégrade jusqu’à 1 ignominie. Et au milieu de ces souillures, passent de soudains rappels de 1 idée de la mort, des échos du refrain de la Danse macabre.

James Gillrav (1757-1815) est au contraire l’Anglais têtu, borné, bilieux, puritain, fanatique. Pendant quarante ans, par une suite ininterrompue de caricatures furibondes, il a exhalé contre la France sa haine maniaque et frénétique. Robespierre, Napoléon, sont ses ennemis personnels; il engage avec eux un duel impitoyable, de sarcasmes, d’invectives, <1 injures. Dans sa vision hallucinée, les faits contemporains prennent l’apparence du cauchemar : la terreur de la révolution, l’effroi du jacobin et du sans-culotte diaboliques, des alternatives de panique et de fanfaronnade, inspirent à Gillray des images vengeresses. C’est l’état d’esprit d’une « Tête-Ronde » ressuscitée dans l’Angleterre de Fox et de Pitt. Gillrav est «bailleurs mal servi par un mauvais style de journal, qui ôte à ses déclamations toute valeur artistique. C’estdommage : son œuvre eût été, sans cela, un magnifique et monstrueux monument de la haine. Telle quelle, elle a encore, dans sa monotone fureur, quelque

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