LA RÉACTION ACADÉMIQUE
L’histoire. Northcote, Barry, Blake. — Le portrait, le paysage, le « genre » ou l'illustration, comprennent à peu près toute la portion vivante de la peinture anglaise; c’est de cela que se compose pour nous sa physionomie. Mais les contemporains ne pensaient pas ainsi. La naissance de l’école ouvrit une période d’ambitions immenses; pendant une soixantaine d’années, de 1770 à 1830 environ, sévit sur la peinture une mégalomanie étrange et prétentieuse. Le successeur de Reynolds à la présidence de l’Académie est un peintre d’ « histoire », Benjamin West, qui en conserva la direction jusqu’à sa mort ; et le fait en dit long sur les tendances régnantes dans les sphères officielles de l’art. Il y eut là une crise véritable de la pensée anglaise, où l’école nationale menaça presque de sombrer. On n'a que peu de chose à dire de ces peintres, Benjamin West ou Samuel Copley, deux Américains, deux « coloniaux » adoptés par la mère patrie, et dont le premier est l’auteur d’une Mort du général Wolfe, qui est encore populaire; — le Zurichois Henri Füssli, peintre de sujets bizarres, comme le Cauchemar, ou Titania et Bottom , où, du moins, le corps de Titania est d’un galbe assez gracieux ; — le pédantesque James Barry, qui inaugure en Angleterre un genre d’allégories confuses et saugrenues et de compositions niaisement philosophiques et encyclopédiques. Sa grande idée, qui le fit prendre pour un homme de génie, est la décoration du club des Adel-phi, où il représenta, en six scènes, les Progrès de la civilisation (1792; . Le seul énoncé d'un tel programme désarme par sa naïveté...
On ne trouve pas moins de présomption chez Northcote et Opie. Ces deux peintres n’étaient pas dénués d’un sentiment de la vie, auquel nous devons de beaux portraits : ceux d’Opie, en particulier, le mettent au premier rang de sa génération. Mais l’un et l'autre crurent se grandir en s’évertuant à des peintures historiques, scènes de la Bible ou de la guerre des Deux-Roses, drames et assassinats de l'histoire d'Angleterre, Meurtre de Jacques P\ Egorgement de Biz-zio, etc. : ouvrages médiocres, dont le seul intérêt est qu'on y voit le germe de la maladie romantique, le début de la « chronique peinte » à la manière d’Ary Scheffer et de Devéria. C’est l’époque, en effet, où commencent à se répandre sur les choses du goût une foule d'équivoques, où la curiosité, l'archéologie, le bric-à-brac empoisonnent f « histoire », où le mélodrame et la fausse majesté poétique remplacent l imitation de la vie ou la poursuite du beau. La mystification littéraire de Mac Pherson fait tourner toutes les tètes; tout le monde croit à Ossian et en rêve. A défaut de toute